PS ES
disant merveilles. Ch:z Crémazie, ous som mes en face d'un cas tout particulier ; et cela tient à sa méthode de composition, qui dénote en lui un ab-olu désintéressement. Il n'écrivait jamais ses vers à mesure qu'il les compo sait ; il les enf-rmait en sa mémoire, quitte à les en sortir un jour, tant et si bien que ces pauvre vers, entassés en) SON Cerveau, sy bri saient souvent les ailes, avant d+ pouvoir senvoler. Il nous déclare, quelque part, qu'il avait ainsi composé sept à huit cents vers de son poème des Trois Morts, que sa mémoire affaiblie n’a jamais su retrouver.
C'est nous qui y perdons, Car ce vrai poè te en avait goûté toute l'ivresse, le jour où ces vers étaient nés en lui : il les avait couvés avec amour, il avait veillé près de leur berceau, ainsi qu'il l'écrivait si tendrement, il avait ca ressé dans son imagination ‘Ces poèmes au meiilot », et cherché dans leurs premiers va gissements ces beaux rêves d'or qu’une mère e t toujours sûre de trouver près du berceau de son enfant. n Je ne sais si je me trompe, mais je sens Crémazie plus véritableme t poëte, après avoir lu cette simp:s phrase, qu'après avoir parcouru plusieurs de ses poèmes. Tant il est vrai que chez lui, le vrai poète est demeuré euseveli ; et c’est dans l'intimité de sa correspondance que nous l’entrevoyons surtout.
Crémazie est poète, parce qu’il aime la poésie :
et sa poésie lui suffit. On pourrait dire de lui
ce que Bailiet disait jadis de Descartes : n Il tonbe dans des dégoûts pour la qualité d’auteur, qui lui font perdre toute envie de rien impressionner, n Crémarie n'est pas poète, pour le plaisir de publier ses vers ; il ne sem ble pas même y tenir, ec: qui doit être un cas presque unique La poésie après avoir été pour lui un bonheur, devient, pendant son exil, un véritable u refuge n ; le mot est de Jui. Mais il n'écrit plus ses vers; il ne les “ imprime « pas, car pour lui les écrire, ce serait déjà les imprimer, le travail de composition étant absolument intérieur.
Une partie intéressante des lettres de Crémazie, c’est celle où il se juge lui-même. Il parle de son œuvre t.ès nettement, et se recon naît plusieurs détauts, san d'ailleurs y mettre cette ostentation ridicule qui a fait de ces aveux chez quelques auteurs, l'occasion d’une hypocrite fatuité, comme, par exemple, les pré faces de V. Hugo ou de Lamartine.
Crémazie dit de ses poésies: n Je n'ai jamais parlé de moi et c'est peut-être à cette imperson talité que je dois les quelques succès que j'ai obtenus, n Nous relevons cette phrase, qui nous à frappé, et que nous n'acceptons que sous certaine réserve. Crémazie méprisait
la vaine ostentation de la douleur, et déclarait
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honteux “ de se tailler dans ses malheurs un manteau d’histrion.
Mais si Crémazie ne nous parle pas de lui dans ses poésies, c'est lui même qui parle Nous ne pouvons done dire avec lui : son im personnalue ; car l’impersonnalite consiste, non seulement à ne pas parler de soi dans son œu vre, mais encore à en être absent. Les classi ques sont impersonnels. Que savons nous de Corneille après Polyeucte où Cinna, où de Ra cine, après Phècdtre, où même de Voltaire, après Zaïre où Mérope ! Rien, sinon que ce sont des poètes de génie.
Il n'en est pas ainsi de Crémazie. Si sa poé sie n’est pas un vain étalage de tout ce qu'il ressent, et des menus détails de sa sensibilité, elle n’en est pas moins personnelle, ainsi que nous l'avons déjà dit. La poésie le trahit : c’est lui-même qui vibre avec les feuillages de nos forêts, c'est sa plainte que le beau St-Laurent roule avec ses flots mujestueux, c'est son âme qui voltige avec l’alouette, ou se promène mélancoliquement dans la cité des morts Crémazie, nous l'avons dit, est un romantique : c’est tout le contraire d’impersonnel. 11 écrit ailleurs au sujet des romantiques : ‘ Leurs illusions, leurs rêves, leurs aspirations, leurs regrets trouvent un #ho sonore dans mon âme n (re:
marquez cette similitude avec Hugo, le père du romantisme); et pourquui cela ? parce qu ñl a,
lui aussi, # caressé les mémes illusions, bercé les
mêmes rêves..." C'est bien tel que nous le
le disions.
Ce qui frappe dans le jugement que Crémazie a porté sur son œuvre, C est qu'il semble avoir méconnu lui-même son originalité. Il place au premier rang son puème des Trois Morts dont nous n'avons que la première partie. Ce que nous en pouvons lire ne justifie pas un tel choix. On y remarque, il est vrai, un certain soin, qui n’est pas habituel chez Crémazie, une recherche plus accusée de l'expression pittoresque et de la rime ; mais ce poème a tort de n'être qu’une imitation, ainsi que nous le verrons par la suite. Un autre poème que Crémazie semble préférer, c'est, par une bizarre coïncidence, la pièce intitulée Les Morts, qui në faiv qu’annoncer le poème précédent, et paraphra, ser, vers la fin, La prière pour tous de V. Hugo. La réminiscence est même si vivace que le derniers vers est presque d’Hugo :
Versent tons leurs parfums sur les me 3 endormis»
Victor Hugo avait dit : Verse tout ton parfum sur les piels du Seigneur.
Crémazie, nourri de lectures romantiques, n’échappait pas toujours à une influence aussi directe que celle-ci. Il reprenait son originalité quand il traitait des sujets inexplorés ; et c'est dans ces heures-là qu'il écrivait Le vieux soldut de l'Empire et surtout Ze drapeau de Curillon, qui est, quoiqu'il en ait dit, son chef-
us le
éma- +mble | pla- Morts
Ce an tel srtain , une toresrt de e verrémacoïnné fair iphra.
Hugo.
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Mi DE sôstlus :5 ie due 'iilenrcieus.
OCTASE CREMAZIE
d'œuvre ; car, si les vers, ainsi qu'il le remit que judicieusement, en sont d'une facture bana le, al y exprimait du moins des sentiments personnels à c'était son cœur qui parlait plus haut que sa mémoire 1l est étrange qu'il ne l'ait pas t nt lui meme, Mais les puëtes sont com me les mères : ils ne sauraient juger leurs œu vres avec impartialité
Cette correspondance n ‘offre malheureuse ment que des él wuiches, toute intéressante qu el le soit. Ce sont des titres de chapitre, avec quelques phrases le canevas ; on n'a pas les dé veloppements
Li est une idée à laquelle Crémazie revient plus souvent et assez longuement ; c'est l'avenit
anadienne. A cause de lim
de la littérature portance du sujet, pour nous, canadiens, et de l'essources plus abondantes que nous en avons, nous traiterons cette partie de l'œuvre à part, et avec une attention particuliere.
Dans les jugements que Crémazie porte sut
la littérature en général, il vbserve ordinaire ment une assez grande partialité. I le pro clame : on ne saurait en littérature, s'attacher à une école, et mépriser ses rivales Mius il aime, on le sent, l’école romantique : et ce se rait bien le temps d'ajouter, comme lutmème 11 s'applique à démontrer qu'elle est une : volu tion logique dans Île monde littéraire, la con séquence nécessaire de 9, la révolution des
idées après celles des castes et des individus
20 OCPAVE. CREMAZIE
Au contraire, il répudie la }
des c'assioues, no ces étein wsiques,
sentiments «
trainé dans
rhétorique. n
collèce, n R mari : qu'il dit beanvconp trop,
ce qui ne les exelut pas tons, mais deinande
Siplement —- 6t nons en sommes — qu'on en rempiace fn majeure partie par un | ige plus solide et plus co JUNE iUX ons de Pépo que. Le grec et Je latin sont des ob-
jets de luxe prefererat nne édreation plus
" EN rapport avec social. n Mais qui ne
sent que, dans une question anssi bnrortante, un bout de lettre ne saurait à nous faire
saisir toutes les nianices d
non Nous donnons ces fragments pour ce « à Î
nous reuiettons, tont le premier
offrir davantaire,
Enfin, poui er, la correspondance de
Crémazie nons
entrevoir quelque chose
de son tempérament: elle nons dépeint les éta-
qu'il eût à subir avee Je mal-
pes de la lutte
heur. Nous avons vu qu'il dedaignait de se
draper dans le manteau de sa mélancolie, et de
on
Jus Lo oblus ne ite, ire ous it
our
montrer à tout l'univers les farmes
laient dans ses veux. Le malheur nest pa pour lui une mine à explorer is 1 i vel ous ses débris, mineur ivuh bile, b| \ les
éclats da fon dont un autre eut Pua tiré que la mort.
chesses, dont à
au exemple 1llus
L'exil, poar ne vrent de Victor
tre, nous à valu Îles chefs-d'auvres
Hugo: son ete, loin dv sombrer, à trouvé
dans l'immensité Pespacs suflisant pour y dé
et sa voix, en triom
p'over ses ailes £ phant de la temjète, à eu des accents plus qu'h: mains, tels que l'âme n'en avait jamais connu Chez Cr
Parmitie de
iméanti: et Si
avait fourni au
poète l'ovca jon des quelques lettres qui sont
ses seules GrIvVres d'exil, avec son jouruul, =
parlé, parce qu'il n'ottre
dont n6us n'avons
rien de particulier à no’et dans cette courte étude, et ne traite q sde sujets qui nous sont
le meme actuels — il
étrangers, et ne sont p n'y avait, dis-je, ves lettres à Fabbé Casgrain, on
£vcer de constater un anéantissement complet de la facult ! productrice chez Crémaie. Elles témoignent d’une gr uide sûreté, d’une font voir que
maitrise remarquab'e : elles nous
l'auteur était encore capable de donner de
iginales
fortes œuvres, plus mures et p
peutètre que celles qui avaient précédé. Mais quelque chese étut mort en lui ; et puis, la né-
OCTAVE CREMAZIE cessité matérielle l'étreignait : la souffrance morale usait ses facultés. Il ne se retrouvait pleinement que pour cette correspondance, qui lui apportait encore quelque charme, parce qu'elle lui donnait l'illusion du pays.
Il s’étudiait, tout le reste du temps, a une résignation pieuse et consolante : son âme avait parfois de ces élans mystiques que le malheur développe dans les âmes sensibles. Quand il se sentait faiblir et que son esprit cédait à de noires pensées, sa 4 foi canadienne #, ainsi qu l disait, le sauvait des pires malheurs. Dans un
esprit aussi large que le sien, Ja foi ne pouvait
qu'être libérale. [len à donné lui même la formule : «Je ne suis pas un dévot, mais je suis un croyant. Sa foi n'est pas de celles qui se cachent, comme le champignon, dans l'humidité des mousses, et dans les coins douteux de la fo rét ; mais, arbre elle même, elle fait flotter dans l'azur son panache de verdure. Elle fuit partie de sa pensée, qu'elle dirige où qu’elle apaise ; on ne saurait analyser cette dernière sans la mentionner, et nous le faisons respectueuse ment.
Nous avons vu avec quelle ardeur Crémazie aima la poésie ; nous avons insisté sur les qualités de son style, sur la solidité de son érudition, et l'intérêt de sa correspondance ; nous avons mis à nu quelques-unes de ses pensées. T1 nous reste à examiner les passages de ses lettres
consacrées à notre littérature : et à formuler
CREMAZIE