‹ Octave Crémazie [microforme]Chapitre 9 sur 13 · AR · texte numérisé non relu

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1! le désirait, cela ne fait point de doute.

éenivait à l'abbé Casgrain : “Comme toutes les

nations d’elite, vous avez une foi ardente dans savenir des lettres canadiennes.” Mais apres avoir jeté un coup d'œil sur le chemin déjà par couru, avoir constaté la médiocrité habituelle dé nos romans et de pos portes (c'est en 166), avoir déploré chez nous l'absence complète de tout talent dramatique, il ajoutait : “ Puisse votre espoir se réaliser bientôt !” Preuve qu’il Y tenait, et que ce n'était pas le dépit et la haine qui le poussaient à conclure plus loin

‘Je craius bien que cette époque glorieuse ne ot encore bien éloignée et plus catégorique ment dans une autre lettre (1NG7) : # Plus je réfléchis sur les destinées de la littérature ça nadiénne, moins Je lui trouve de chances de laisser une trace dans l'histone”. Jlne voyait dans toute notre littérature que deux noms qui aient la chance de vivre longtemps : les historiens Garneau et Ferland. On peut au moins, et contre ses prévisions. y ajouter celui de Cré mazie.

['u°y à aucun doute, j'y insiste, que cette opinion fut sincère ; Crémaszie à aimé le Canada et la littérature jusqu'à sa mort, et jamais, semble t-l, les rigueurs de l'exil n'ont directement inileé sur ses jugements en cette double matiere. De plus, il y peusait souvent : et tandis qu'en IS66, il ne faisait qu'espérer un

peu ce bel avenir que révait l'abbé Casgrain, il

y renonçait en IS67, ayant muri ses pensées

par de lentes et sérieuses réflexions, [1 est loi.

sible toutefois de suproser que l'exit, à son in-

su, transformait son re l iveloppai

en pessimisme cette mé voie sal portait en loi, ainsi que nous avons constaté an débat de cette étule, et que nous avons méine donnée comme source fondunentale de son inspiration On ne saurait mettre en d borne foi:

mais ceux qui recherchent des con “asions plus consolant < que les siennes, iventt pire compte dans leur analyse, de cet élément étranger, mais inéluctable : de cette mélancolie dont il on peut dire l'esclave

Nous en prenons nôote avant de continuer

C'est fait

Quelles sont les raisons do ce jugement sévi re que portait Créinizie s l'avenir de notre littérature. : Nous les avons réumes, les avant trouvées un peu partout dans su correspon

dance.

La première, la principale, la voici: “Ce qui

manque au Canada, c'est d'avoir ane langue à ui”. Et ii explique sa pensée; quand bien même nous serions dit jour en possession d'une indépendance territori de, nons n'en serions pas moins — la figure est énergique — des “colons littéraires’ Nos œuvres, écrites dans la même langue que les œavres françaises, sont écrasées avant de naître par cette concurrence impossi-

ble à soutemr. Et il donne comme exemple !:

Belgique, dont l'histoire littéraire n'existe pas, étant mêlée à celle de la France ; et cela est vrai plus que jamais aujourd’hui (1905), car si la littérature française s'enrichit souvent d'œuvres de jeunes auteurs belges, il n’y a pas de littérature belge. Il n'y aurait qu'un moyen d'échapper ou à cet envahissement ou à l’état stagnant : ce serait de décrire, fût.ce en une langue non propre à notre pays comme le franais, des mœurs, des états d'âme ou des pa ysa ges qui nous soient propres.

Or, nous ne sommes qu'anglo-français ; noùûs penchons à droite ou à gauche ; nous n'avons pas de point fixe sur lequel puisse tourner une littérature nationale. J'imagine que Crémazie avait songé à tout cela quand il a dit: “ Ne pouvant lutter avec la France pour la beauté de la forme, le Canada aurait pu conquérir sa p'ace au milieu des littératures du vieux mon de, si parmi ses enfants il s'était trouvé un écrivain capable d’initier, avant Fenimore Cooper, l’Europe à la grandiose nature de nos forêts, aux exploits lévendaires de nos trappeurs et de nos voyageurs.”

Inscrivons donc, en premier lieu, ce grave inconvénient Lo. de parler une langue que d’au- ‘res parlent mieux que nous ; 2. de n'avoir pas fait nôtre la description de nos forêts et de nos mœurs ; et plus encore de n'avoir pas des

mœurs et des coutumes qui nous soient propres.

La seconde raison qui s'oppose à notre avenir littéraire, Crémuzie la trouve : dans 1° publie canadien. Else sert d'un mot sévère et malheureux ; ‘nous avons, ditil, une sosiété d'épiciers.” Le mot est malheureux, parce qu’il n'atteint pas tous ceux que Crémazie visait tandis qu'il peut fort bien froisser une classe de gens auxquels il ne songeait pas. ([l ne faut pas perdre ‘le vue, cependant, que tonte cette correspondance est privée ; et qu'elle n'a été publiée qu'après la mort de Crémazie).

Qu'est-ce qu'un épieier à son sens, puisque épicier il y a ? C'est celui ‘ qui n’a d'autre savoir que celui qui lui est nécessaire pour gauwner sa vie, car pour lui la science est un outil, rien

de plus” Evil nous en donue des exemples

avec une si étincelante ironie qu'il faut bien

que je continue à le citer : * L'avocat qui n'étudie que les Pandectes et les Statuts Itefondus,

afin de se mettre en état de gagner uie mauvaise cause et d'en perdre une bonne ; le médecin qui ne cherehe dans les traités d'anatomie, de chirurgie et de thérapeutique, que le moyen de vivre en faisant mourir ses patients ; le notaire qui n’a d’autres connaissances que celles qu'il a puisées dans Ferrière et dans Massé, ces deux sources d’où coulent si abondamment ces œuvres poñtiques que lon nomme protèts et contrats de vente”. Pourquoi dit-il que ces gens-là sont des épiciers ! Parce que, comme

celui qui vend de la cannelle et de la mé'asse,

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