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Crémasie, in à formation d'une socièté en CONNNANOTE, * les capitaux soutien prise httéraire, SOUS
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forme de revue le Pay Voits Privé ŒUL à 4 u pro ter ent le oncours de leur talent. On perdrait s ins doute cer : mais cela finirait Fout travail méritant
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Crenazie
Puisqu'uu capitaliste augmente la force maté
OCTAVE CREMAZIE rille de son argent, en y joignant l'aptitude commerciale où industrielle d'un habile associé, nous né voyons pas pourquoi ce même capita liste ne consentirait pas à lancer le superflu de cet argent dans le grand commerce des idées et
la sublime industrie de l'art, Et remarquez
qu'il a d'avance une garantie de compensation ;
tandis qu'une faillite dans les cotons où la me lasse ne lui laisse sur les bras que des réclame tions de créanciers, 11 aurait au moins, si son journal lui rap porte peu, la satisfaction d'avoir favorisé l’éclosion d’un talent où doté son pays d'œuvres littéraires. Quand mème lPentreprise n'effrirait aucune chance de succes financier, (ce qui n’est pas prouvé), ne serait-ce pas gour les Canadiens riches une royale distraction, qui leur coûterait beaucoup moins cher que les bals somptueux et inutiles ; et qui rapporterais bien plus, méme à cette vanite qui est après tout 1 raison d'être du lux® exagéré dont ils sont les premiers à se plaindre, dans leurs moments de sincérité
Mais l'art et l’argent sont des choses dispa rates, et qui semble exclure ; l'art ne pourra compter sur l'argent que quand il deviendra lui-même une source de profits C'est ainsi que si nous avons à Montréal du théâtre français, nous ne le devons pas à l'initiative de quelque gros capitaliste, mais bien à l'effort cons tant, que n'ont pas rebuté es revers, d'un grou
pe de travailleurs et de convaincus. Mainte-
nant que le succès est assuré, nous VOYOIS Surgir les cepitaux, et il est déjà à craindre que ce soient eux qui profitent des efforts de leurs devanciers. Nous n’en sommes pas là pour les lettres ; et à part quelques rares ouvrages que leur actualité met en vogue, quelques autres que les souscriptions d'amis maintiennent à grand peine, les ouvrages canadiens ne se vendent pas, — ne s'impriment pas, par conséquent, — ne s'écrivent même pas. Et nos auteurs, forcés de gagner leur pain en des occupations qui leur sont impropres, deviennent des forces stériles, ne pouvant ni faire fructifier ce qui est en eux, à cause des conditions désastreuses de leur existence, ni y faire fructifier, cela se comprend, ce qui n'y est pas. Nous avons ainsi quelques méchants avocats, quel ques piètres commerçants, surtout une foule de pauvres diables, et—pas d'auteurs !
Un quatrième défaut qne signale Crémazie, c’est l'absence chez nous de critique littéraire. I] voudrait, et nous en sommes, que l’on fit voir avec impartialité les qualités et les imperfections des ouvrages canadiens ; qu'il y ait une différence entre la réclame d’une maison d’affaires et l'étude d’un livre. Nous pouvons
ajouter que, non seulement cette étude doit
être impartiale, mais surtout qu’elle doit être faite, Tl me semble que pas un livre canadien ne devrait paraître sans qu'aussitôt un de nos grands journaux n’en donnât une étude sérieu-
40 OCTAVE CRE , se, non pas une de ces réclames banales, usées, qui ne prennent pas plus ie public aue les vieilles amorces n'attirent le poisson, mais une véritable critique qui intéresse le lecteur, le pousse à lire l'ouvrage en question et, en méme temps, soit un guide pour l'auteur, en lui signalant les défauts de son œuvre, en lui ouvrant des horizons nouveaux. Cela est clair et il est inutile d’insisier
Nous pouvons donc résumer #insi les raisons que Crémazie apporte comme s'opposant à notre expansion littéraire :
Absence d’une langue qui nous soit propre ;
Manque d'encouragement de la part du pubhic ;
Nécessité pour l’auteur d'associer à sa vis littéraire des occupations étrangères ;
Pauvreté et quasi-nullité de la critique littéraire.
Doit-on conclure de là à l'impossibilité de
notre avenir httéraire? Nous ne le cruyons pas.
Ce qui est peut ipso facto ne pas être Et s'il semble à peu près certain que nous réaliserons toujours la première de ces objections, qui
est la langue, il l’est déja beaucoup moins que
Je public canadien doive toujours être antipa-
thique à l’art. Nous pouvons même constater un progrès très sensible sur ce point, et l’inté-
rêt progressif que portera le public à l’auteur fera peu à peu disparaître les conditions peu encourageantes où il se trouvait au temps de Crémazie, où il se trouve encore aujourd’hui. Quant à la critique littéraire, elle peut naître chez nous d’un jour à l’autre. Il n’y a donc pas lieu de désespérer, et si nous admettons les raisons si lucidement exposées par Crémazie, nous lui nions le droit de conclure ainsi qu'il le fait.
Nous serions bien tenté de noter quelques raisons supplémentaires qui retardent chez nous l'expansion de notre littérature. Nous le faisons brièvement.
Puisque Crémazie a parié de notre langue, il est bon d’insister sur ce point que la présence au Csnada de la langue anglaise, qui s’est im miscée à la nôtre, nous met dans une plus grande difficulté de parler un franvais pur et élégant en y glissant une foule de locutions impropres et d'’anglicismes.
N'est-il pas vrai aussi de supposer que si notre public était plus libre de certaines influences, de préjugés antiques, et que, d’autre part, si nos auteurs avaient une plus large liberté
d'opinion, la littérature canadienne ne s’en porterait pas plus mal? Estce que ia morale exclut l'art? Est-ce que la liberté exclut la morale? Il me semble que si, en d’autres pays,
l'ait fait bon marché de la morale, ce qui est vraiment un grand mal, chez nous, s'est la moral exagérée qui tue l’art: ce qui n'est pas sûr d'ère un grand bien. Je demanderais donc plus de liberté pour nos auteurs, des idées pius larges chez le pubiic, une censure plus bienveillante et moins exclusive.
Je crois aussi qu'il y a dans notre formation une faute qui comproinet notre littérature.
Nous rcevons tous une éducation non seule ment classique (je parle au point de vue littéraire et j'inclus les cours commerciaux et CEUX soi-disant scientifiques) mais encore ani romantique. C'est un tort. Que savons-nous de la littérature du XIXe siècle, quand nous sortons de nos collèges ? Quelles opinions justes y acquérons-nous sur V, Hugo, par exemple, ou sur Musset, ou sur Balzac, ou sur tous les génies de IS30? Je me tiens toujours au mêne point de vue, à la simple appréciuion du mérite littéraire. Quel est celni qui, ayant lu depuis qu'il a quitté le collège ou terminé ses classes
de lettres, n'a modifié non pas une, mais toutes
ses dpinions sur le XIXe siecle ?
Il résulte de cette formation exclusivement classique qu'un aime intellectuel sépare, au Canada, la classe des auteurs et généralement de ceux qui lisent ou qui s'intéressent au mouvement théâtral (car le théâtre est une lecture), et cette autre classe de gens qui conservent
toute leur vie les semences stérilisées, pasteuri-
sées qu'on a déposés en eux dans leur enfance Je demanderais donc qu'on donnât aux élèves une plus juste idée du mouvement romantique
et q XIXe siècle littéraire, afin que le public
Pi en communion d'idées avec les lettrés.
Enfin, il y a dans le tempérament canadien auelque chose qui s'oppose à notre développe. ment littéraire : nous manquons de confianc- en nous mêmes et en nos compatriotes. Nous n'osons pas entreprendre un travail par crainte d'insuccès ou de ridicul:. Et si quelqu'un de nous pius courageux nous offre le produit de iaborieux efforts, nos lui faisons presque toujours un pitoyable accueil. Ou bien nous nous armons d’une ridicule sévérité, pour un peuple qui ne produit presque rien et nous méprisons tout bonnement l’œuvre nouvelle. Oa bien nous lui reconnaissons de la valeur et, au lieu de féliciter l’auteur, nous mettons sa probité en doute, nous nous r-fusons à croire à son talent et nous l’accusons d: plagiat. Le mot est cruel, mais il est vrai. Le public n'a que deux façons de juger nos œuvres : il les méprise ou il les répudie. Il faudrait que l'on shabituât à louer tout effort sincère, même celui qui n’est pas couronné de succès. Il faudrait surtout que l’on perdit cette habitude si détestablement canadienne, qui fait que chaque œuvre nouvelle est mutilée par une nuée de sots et d’envieux qui n’y peuvent croire et dont le soin le plus empressé est de chercher où l'auteur l’a copiée
Voici donc en résumé ce que nous ajouterions à l'opinion de Crémaszie :
Inconvénient de la langue anglaise ;
Préjugés du public et rigueur de la censure ;
Formation anti romantique des élèves ;
Mépris et accusations de plagiat et générale-
ment manque de confiance de la part du public.
C'est là tout notre avis. D'aucuns le trouveront maavais ; encore avons-DOUS la satisfaction de l'avoir donné pleinement, Nous pourrions nous attribuer ce que Brunetière disait de Dumas: "(Cin peut regretter qu'il ne l'ait pas mieux dit, sais il l'a dit. .