‹ OdelettesChapitre 7 sur 12 · A LEON GATAYES · texte numérisé non relu

A LEON GATAYES

Mais bienlôl, léchant la main qui l'opprime, il marche en cadence, et, comme par jeu, Son vainqueur lui met le mors de la Rime Dans sa bouche en feu.

Tu le sais, ami, toi dont l'Art s'honore, Homme à la main souple, au jarret d'acier, Qui fais obéir la harpe sonore Et l'ardent coursier ;

Lorsqu'aimé d Isis aux triples ceinture; Un homme intrépide a bai?é son sein, r.a création et les créatures Suivent son dessein.

Le Génie en feu donne à l'âme altière Le Commandement, ce charme vanté, Et l'Esprit captif dans l'âpre Matière Cède épouvanté.

A Mer//

Plus vite que les autans, Saqui, l'immorteile, au temps De sa royauté naissante, Tourbillonnait d'un pied sûr, A mille pieds en l'air, sur Une corde frémissante.

Va Ion craignait que d'un bond Parfois son vol vagabond Décrochât, par aventure, Parmi les cieux étoiles, Les astres échevelés Fouettés par sa chevelure.

A ME m.

Eli haut vers elle parfois, Comme de tremblantes voix, Montaient les cris de la foule Qu'elle voyait du ciel clair Confuse comme une mer Où passe Tardente houle.

Et, soit qu'en faisant un pas Elle regardât en bas Ou vers les célestes cimes, Aux cieux que cherchait son vol.

Comme à ses pieds sur le sol, Elle voyait deux abîmes.

Dans les nuages vermeils, Au beau milieu des soleils Qu'elle touchait de la tête.

Et parmi l'élher bravé, Elle songeait au pavé.

Tel est le sorl du poète.

26 ODELETTE CINUUIÈME.

Jl trône dans la vapeur.

Beau métier, s'il n'avait peur De tomber sur quelque dalle Parmi les badauds sereins, Et de s'y casser les reins Comme le fils de Dédale.

Dans l'azur aérien Qui le sollicite, ou bien Sur la terre nue et froide Ou'il ai)erçGit par lambeau, Il voit partout son tombeau Du liaut de la corde roide,

Et, sylphe au ventre changeant Couvert d'écaillés d'argent, Il se penche vers la place Du haut des cieux irisés, Pour envoyer des baisers A la vile populace, •

A Gavarm

La Beauté, fatal aimant, Est pareille au ditimant Que la fange peut mouiller Sans le souiller.

Jusqu'au milieu du ruisseau.

L'éclat pur de son berceau Garde un charme essentiel Qui vient du ciel.

Ainsi, leurs cheveux au vont Vois ces folles qui souvent Bercent le premier venu Sur leur bras nu.

Ces filles aux teints flétris, Qui dévisagent Paris Avec leur regard moqueur, N'ont plus de cœur.

Leur sein insensible et froid.

Que mord le corset étroit, N'a jamais pendant un jour Tremblé d'amour.

idoles ivres d"encens, Dont rien n'éveille les sens, Elles n'ont jamais pleuré Ni soupiré.

Plus pâles que nos Ennuis, Ces spectres des folles nuits Ne mentent même pas bien.

Et n'aiment rien.

A GAVAP.NI. 29

Rien ! ni i'orgie et le bal Qui se tord en carnaval Sous les clairons furieux, La ilamme aux veux,

Xi le Vin, or ruisselant.

Ame du raisin sanglant Qui met ses riches manteaux Sur nos coteaux,

Ni la colère du Jeu, Qui rend puissants comme un dieu Les combattants éblouis De ses louis :

Ni cette perle des mers Arrachés aux îlots amers, Ni Golconde et son trésor.

Ni même l'Or •

30 ODELETTK SIXIÈME.

Car rOr sur notre chemin, Cest l'Art sacré dont la main Embellit les horizons De nos prisons ;

C'est la sereine fierté, C'est un jour de liberté Sous des ombrages fleuris Loin de Paris ;

C'est l'amitié, douce voix Qu'on peut encore une fois Accueillir et mieux choyer A son fover.

Mais ce gouffre où tout se perd I Mais elles ! L'or ne leur sert (Ju'à se parer de chiffons Pour des bouffons.

A GAVARXJ. 31

Pourquoi donc les chantons-nous.

Cœurs de l'Idéal jaloux, Qui toujours au ciel obscur Cherchons l'azur?

Sur leurs fêtes sans douceur Pourquoi, poète et penseur, Fais-tu jaillir un rayon De ton cravon ?

0 philosophe subtil, Dis-le-moi, que reste-t il  leur front désenchanté'^ Quoi? la Beauté:

La Beauté, miroir secret.

Où l'amour divin paraît Reflété comme en un ciel AJatériel !

A Adolphe Gaïfl'e

Jeune homme sans mélancolie, Blond comme un soleil d'Italie, Garde bien ta belle folie.

Cesl la sagesse! Aimer lo vin, La beauté, le printemps divin, Cela suffit. Le reste est vain.

Souris, même au destin sévère!

El quand revient la primevère, Jeltes-en les fleurs dans ton verre.

A ADOLPHE GAÏFFE. 33

Au corps sous la tombe enfermé, Que reste-t-il ? D'avoir aimé Pendant deux ou trois mois de mai.

« Cherchez les eiTets et les causes, »

Nous disent les rêveurs moroses.

Des mots! des mots ! cueillons les roses.

A un Allemand

Lorsqu'avec les sons Dont tu les complètes, Tu fais des chansons De mes odelettes,

34 ODELETTE IILITIEME.

Mille aspects divers De grâce physique Naissent dans mes vers Avec ta musique !

A ta seule vuix, Tout en eux s'éveille Et vil à ia fois.

0 rare merveille !

A ma vigne en fleur, A ma moisson mûre, Tu rends la couleur Avec le murmure I

Au ciel rougissant De clartés sans voiles, La nuit en naissant Frissonne d'étoiles.

Et sous les berceaux Où sa voix louchante

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