LIVRE IV, ODE III
ODE TROISIEME
En ce même temps, la fille de Pharaon vint au fleuve pour se baigner, accompagnée de ses filles, qui marchaient le long du bord de Peau.
Ex.
« Mes sœurs, Tonde est plus fraîche aux premiers feux du jour ! Venez : le moissonneur repose en son séjour;
La rive est solitaire encore ; Memphis élève à peine un murmure confus ; Et nos chastes plaisirs , sous ces bosquets touffus ,
N'ont d'autre témoin que l'aurore.
« Au palais de mon père on voit briller les arts ;
Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes regards
Qu'un bassin d'or ou de porphyre ; Ces chants aériens sont mes concerts chéris; Je préfère aux parfums qu'on brûle en nos lambris
Le souffle embaumé du zéphyre !
« Venez : l'onde est si calme et le ciel est si pur ! Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur
De vos ceintures transparentes ; Détachez ma couronne et ces voiles jaloux.;
Car je veux aujourd'hui folâtrer avec vous , Au sein des vagues murmurantes.
« Hâtons-nous.... Mais parmi les brouillards du matin, Que vois-je? — Regardez à l'horizon lointain....
Ne craignez rien , filles timides 1 C'est sans doute, par l'onde entraîné vers les mers, Le tronc d'un vieux palmier qui, du fond des déserts ,
Vient visiter les Pyramides. *
« Que dis-je? si j'en crois mes regards indécis, C'est la barque d'Hermès ou la conque d'Isis ,
. Que pousse une brise légère.
Mais non : c'est un esquif où , dans un doux repos , J'aperçois un enfant qui dort au sein des flots , Comme on dort au sein de sa mère !
« Il sommeille ; et , de loin , à voir son lit flottant , On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant
Le nid d'une blanche colombe.
Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent ; L'eau le balance, il dort, et le gouffre mouvant
Semble le bercer dans sa tombe !
« Il s'éveille : accourez , ô vierges de Memphis ! Il crie.... Ah ! quelle mère a pu livrer son fils
Au caprice des flots mobiles ?
Il tend les bras ; les eaux grondent de toute part. Hélas ! contre la mort il n'a d'autre rempart
Qu'un berceau de roseaux fragiles.
« Sauvons-le. ... C'est peut-être un enfant d'Israël.