LIVRE IV, ODE IL
S'il ne fait qu'agiter ses bois !
LA HARPE
Dieu, par qui tout forfait s'expie,
Marche avec celui <[m le sert.
Apparais dans la foule impie ,
Tel que Jean , qui vint du désert.
Va donc , parle aux peuples du monde :
Dis-leur la tempête qui gronde ,
Révèle le Juge irrité ;
Et , pour mieux frapper leur oreille ,
Que ta voix s'élève , pareille
A la rumeur d'une cité !
LA LYRE
L'Aigle est l'oiseau du Dieu qu'avant tous on adore. Du Caucase à l'Athos l'Aigle planant dans l'air, Roi du feu qui féconde et du feu qui dévore , Contemple le soleil et vole sur l'éclair !
LA HARPE
La Colombe descend du ciel qui la salue , Et, voilant PEsprit-Saint sous son regard de feu, Chère au Vieillard choisi comme à la Vierge élue , Porte un rameau dans l'arche, annonce au monde un Dieu !
LA LYRE
Aime 1 Éros règne à Gnide, à l'Olympe, auTartare.
Son flambeau de Sestos allume le doux phare,
Il consume Ilion par la main de Paris.
Toi, fuis de belle en belle, et change avec leurs charmes.
L'Amour n'enfante que des larmes;'
Les Amours sont frères des Ris !
LA HARPE
L'Amour divin défend de la Haine infernale.
Cherche pour ton cœur pur une âme virginale ;
Chéris-la; Jéhovah chérissait Israël.
Deux êtres que dans l'ombre unit un saint mystère ,
Passent en s 'aimant sur la terre ,
Comme deux exilés du ciel !
LA LYBE.
Jouis ! c'est au fleuve des ombres Que va le fleuve des vivants.
Le sage, s'il a des jours sombres, Les laisse aux dieux , les jette aux vents.
Enfin, comme un pâle convive, Quand la mort imprévue arrive , De sa couche il lui tend la main ; Et, riant de ce qu'il ignore, S'endort dans la nuit sans aurore, En rêvant un doux lendemain !
LA HARPE
Soutiens ton frère qui chancelle , . Pleure si tu le vois souffrir :
Veille avec soin, prie avec fcele, Vis en songeant qu'il faut mourir.
Le pécheur croit, lorsqu'il succombe, Que le néant est dans la tombe, Comme il est dans la volupté ; Mais quand l'ange impur le réclame , Il s'épouvante d'être une âme, Et frémit de l'Éternité !
Le poète écoutait, à peine à son aurore, Ces deux lointaines voix qui descendaient du ciel ; Et plus tard il osa parfois , bien faible encore , Dire à l'écho du Pinde un hymne du Carme! !
Avril 1822-,