LIVRE IV, ODE IV
Les vivants sans abris, tels que d'impures ombres, Errent loin des morts sans 'tombeaux.
Quand le Cirque s'ouvrait, aux jours des funérailles, Tous les Romains en paix , par leurs licteurs couverts, Voyaient de loin lutter les captifs des batailles,
Livrés aux tigres des déserts.
Ainsi dans leur effroi les nations s'assemblent;
Un long cri monte aux cieux qui tremblent ,
Au loin, de mers en mers porté.
Le monde armé, craignant l'Hydre aux ailes rapides, Garde sous leur fléau ces mourants homicides,
Et les menace, épouvanté!
Alors n'est-il pas vrai , sybarites des villes ,
Que les jeux sont plus doux, et les plaisirs meilleurs,
Lorsqu'un mal, plus affreux que les haines civiles ,
Sème en 4 autres murs les douleurs ?
Loin des couches de feu qu'infecte un germe immonde ,
Qu'avec charme l'enfant du monde
Sur un lit parfumé s'endort !
Et qu'on savoure mieux F air natal de la vie , Quand tout un peuple en deuil, qui pleure et nous envie,
Respire ailleurs un vent de mort !
Chacun reste absorbé dans un cercle éphémère. La mère embrasse en paix l'enfant qui lui sourit , Sans s'informer des lieux où le sein d'une mère Est mortel au fils qu'il nourrit !
Quelque pitié vulgaire a'u fond des cœurs s'éveille,
Entre les fêtes *de la veille
Et les fêtes du lendemain ; Car tels sont les humains : plaindre les importune. Ils passent à coté d'une grande infortune,
Sans s'arrêter sur le chemin.
Quelques hommes pourtant , qu'un feu secret ajûroe, Se lèvent de la foule , et chacun dans leurs yeux Cherche quel beau destin, quel avenir sublime
Rayonne sur leurs fronts joyeux. — Un triomphe éclatant peut-être les réclame?
Quel espoir enivre leur âme ?
Quel bien? quel trésor? quel honneur?...
Ainsi toujours, hélas 1 dans ce monde stérile., i; .« Si la vertu paraît, à son aspect tranquille • ,.
Nous, la prenons pour le bonheur! ;
O peuples 1 ces mortels, qu'un Dieu gUideet seconde, Vont d'un pas assuré , d'un regard radieux , . Combattre le fléau devant qui fuit le monde : . .
Adressez-leur vos. k>ngs adieux» . ...
Et vous , ô leurs parents , leurs épouses , leurs mères !
Contenez vos larmes amères;
Laissez les victimes s'offrir :
Ne les poursuivez pas de plaintes téméraires; Devaient-ils préférer aucun d'entre leurs frères
A ceux pour qui l'on peut mourir?