LIVRE IV, ODE IX
Montre-moi l'Éternel, donnant, comme un royaume, Le temps à l'éphémère et l'espace à l'atome ; Le \\de obscur, des nuits tombeau silencieux ; Les foudres se croisant dans leur sphère tonnante,
Et la comète rayonnante Traînant sa chevelure éparse dans les cieux.
Mon esprit sur ton aile , ô puissante compagne , Vole de fleur en fleur, de montagne en montagne, Remonte aux champs d'azur d'où l'homme fut banni, Du secret éternel lève le voile austère ;
Car il voit plus loin que la terre :
Ma pensée est un monde errant dans l'infini.
Mais la vie , ô mon âme 1 a des pièges dans l'ombre. Sois le guerrier captif qui garde sa prison , Des feux de l'ennemi compte avec soin le nombre , Et sous le jour brûlant ainsi qu'en la nuit sombre, Surveille au loin tout l'horizon.
Je ne suis point celui qu'une ardeur vaine enflamme , Qui Tefuse à son cœur un amour chaste et saint, Porte à Dagon l'encens que Jéhovah réclame , Et , voyageur sans guide , erre autour de son âme , Comme autour d'un cratère éteint.
Il n'ose, offrant à Dieu sa nudité parée, Flétrir les fleurs d'Éden d'un souffle criminel ; Fils banni, qui, traînant sa misère ignorée, Mendie et pleure , assis sur la borne sacrée De l'héritage paternel.
Et les Anges entre eux disent : « Voilà l'impie 1 Il a bu des faux biens le philtre empoisonneur ; Devant le juste heureux que son crime s'expie ; Dieu rejette son âme ! elle s'est assoupie Durant la veille du Seigneur. »
Toi, — puisses-tu bientôt, secouant ma poussière, Retourner radieuse au radieux séjour !
Tu remonteras pure à la source première , ' '
Et, comme le soleil emporte sa lumière, Tu n'emporteras que l'amour !
Malheureux l'insensé dont la vue asservie
Ne sent point qu'un esprit s'agite dans la vie I
Mortel , il reste sourd à la voix du tombeau ;
Sa pensée est sans aile, et son cœur est sans flamme •
Car il marche, ignorant son âme, Tel qu'un aveugle errant qui porte un vain flambeau.
uin 4823.