LIVRE IV, ODE IX
Et reine de l'éternité, Ame ! aux instants heureux comme aux heures funèbres,
Rayonne au fond de mes ténèbres ;
Règne sur mes sens combattus ; Oh! de ton sceptre d'or romps leur chaîne fatale,
Et nuit et jour, pareille à l'antique vestale,
Veille au feu sacré des vertus.
Est-ce toi dont le souffle a visité ma lyre , Ma lyre, chaste sœur des harpes de Sion ; Et qui viens dans ma nuit avec un doux sourire,
Comme une belle vision?
Sur mes terrestres fers, ô Vierge glorieuse,
Pose l'aile mystérieuse
Qui t'emporte au ciel dévoilé.
Viens-tu m'apprcndre, écho de la voix infinie, Quelque secret d'amour, de joie ou d'harmonie,
Que les anges t'ont révélé ?
Vis-tu ces temps d'innocence, Où, quand rien n'était maudit, Dieu , content de sa puissance , Fit le monde et s'applaudit ?
Vis-tu , dans ces jours prospères , Du jeune aïeul de nos pères, Eve enchanter le réveil ; Et, dans la sainte phalange, Au front du premier archange Luire le premier soleil ?
Vis-tu , des torrents de l'être , Parmi de brûlants sillons , Les astres , joyeux de naître , S'échapper en tourbillons ; Quand Dieu, dans sa paix féconde, Penché de loin sur le monde, Contemplait ces grands tableaux, Lui, centre commun des âmes, Foyer de toutes les flammes, Océan de tous les flots ?
Suivais-tu du Seigneur la marche solennelle, Lorsque l'Esprit porta la parole éternelle De l'abîme des eaux aux régions du feu ; Au jour où, menaçant la terre virginale, Gomme, d'un char léger pressant Tardent essieu, Un roi vaincu refuse une lutte inégale , Le Chaos éperdu s'enfuyait devant Dieu?
As-tu vu, loin des cieux, châtiant ses complices, Le Roi du mal , armé du sceptre des supplices, Dans le gouffre où jamais la terreur ne s'endort ? Lieu funèbre, où pleurant les songes de la terre, Le crime se réveille enfantant le remord , Et qu'un Dieu visita, revêtu de mystère, Quand d'enfer en enfer il poursuivit la Mort ?