‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 12 sur 216 · LIVRE I, ODE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODE III

O Vierges! encor quelques heures.. .

Ah! priez sans effroi, votre âme est sans remord.

Coupez ces longues chevelures, Où la main d'une mère enlaçait des fleurs pures, Sans voir qu'elle y mêlait les pavots de la mort !

Bientôt ces fleurs encor pareront votre tête ; Les anges vous rendront ces symboles touchants ; Votre hymne de «trépas sera l'hymne de fête Que les Vierges du ciel rediront dans leurs chants. Vous verrez près de vous , dans ses chœurs d'innocence , Charlotte , autre Judith , qui vous vengea d'avance ; Cazotte, Elisabeth, si malheureuse en vain; Et Sombreuil , qui trahit par ses pâleurs soudaines Le sang glacé des morts circulant dans ses veines ; Martyres, dont l'encens plaît au Martyr divin!

Ici, devant mes yeux erraient des lueurs sombres;

Des visions troublaient mes sens épouvantés ;

Les Spectres sur mon front balançaient dans les ombres

De longs linceuls ensanglantés.

Les trois tombeaux , le char, les échafauds funèbres ,

M'apparurent dans les ténèbres ; Tout rentra dans la nuit des siècles révolus ; Les Vierges avaient fui vers la naissante aurore ; Je me retrouvai seul , et je pleurais encore

Quand ma lyre ne chantait plus !

Octobre 1818.

i8 QU1BER0N.

ODE QUATRIEME

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