LIVRE IV, ODE XIIF
Sa science en secret enviera l'ignorance,
Et n'aura que des fruits amers.
Il bravera l'arrêt suspendu sur sa tète,
Calme , comme avant la tempête ,
Et muet , comme après la mort ; Et son cœur ne sera qu'une arène insensible Où, dans le noir combat d'un hymen impossible,
Le Crime étreindra le Remord I
Du temps prêt à finir il saisira le reste.
Son bras du dernier port éteindra le fanal !
Dieu , qui combla de maux son envoyé céleste , Accablera de biens le Messie infernal.
Couché sur ses plaisirs ainsi que sur des proies, Ses yeux n'exprimeront, durant son vain pouvoir, Que la honte cachée au sein des fausses joies , Et l'orgueil qui se lève au fond du désespoir.
De l'enfer aux mortels apportant les messages , Sa main , semant Terreur au champ de la raison , Mêlera dans sa coupe, où boiront les faux sages, L«s venins aux parfums et le miel au poison.
Comme un funèbre mur, entre le ciel et l'homme Il osera placer un effroyable adieu ; Ses forfaits n'auront pas de langue qui les nomme , Et l'athée effrayé dira • « Voilà mon Dieu ! »