‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 129 sur 216 · LÉPITAPHE · texte numérisé non relu

LÉPITAPHE

Si ton fragile esquif lutte sur la mer sombre , Viens, c'est ici l'écueil ; viens , c'est ici le port !

Ne sens-tu rien ici dont tressaille ton âme ? Rien qui borne tes pas d'un cercle impérieux?

Sur l'asile qui te réclame , Ne lis-tu pas ton nom en mots mystérieux ?

Éphémère histrion qui sait son rôle à peine , Chaque homme, ivre d'audace ou palpitant d'effroi, Sous le sayon du pâtre ou la robe du roi , Vient passer à son tour son heure sur la scène.

Ne foule pas les morts d'un pied indifférent : Comme moi, dans leur ville il te faudra descendre , L'homme de jour en jour s'en va pâle et mourant : Et tu ne sais quel vent doit emporter ta cendre.

Mais devant moi ton cœur à peine est agité !

Quoi donc ! pas un soupir ! pas même une prière ! Tout ton néant te parle , et n'est point écouté !

Tu passes : — en effet, qu'importe cette pierre? Que peut cacher la tombe à ton œil attristé ? Quelques os desséchés , un reste de poussière , Rien peut-être , — et l'éternité !

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