LI\RE IV, ODE XV
ODE QUINZIEME
Nescio quid molle atque faoetiim.
Horace.
Amis! l'ennui nous tue, et le sage l'évite !
Venez tous admirer la fête où vous invite Néron, César, Consul pour la troisième fois; Néron , maître du monde et dieu de l'harmonie ,
Qui , sur le mode d'Ionie , Chante , en s'accompagnant de la lyre à dix voix !
Que mon joyeux appel sur l'heure vous rassemble ! Jamais vous n'aurez eu tant de plaisirs ensemble, Chez Pallas l'affranchi , chez le Grec Agénor ; Ni dans ces gais festins, d'où s'exilait la gène, Où l'austère Sénèque , en louant Diogène , Buvait le falerne dans l'or !
Ni lorsque sur le Tibre, Aglaé , de Phalère, Demi-nue, avec nous voguait dans sa galère, Sous des tentes d'Asie aux brillantes couleurs; Ni quand au son des luths, le préfet des Bataves
Jetait aux lions vingt esclaves, Dont on avait caché les chaînes sous des fleurs !
Venez, Rome à vos yeux va brûler, — Rome entière ! J'ai fait sur cette tour apporter ma litière Pour contempler la flamme en bravant ses torrents. Que sont les vains combats des tigres et de l'homme ? Les sept monts aujourd'hui sont un grand cirque, où Rome Lutte avec les feux dévorants.
C'est ainsi qu'il convient au maître de la terre De charmer son ennui profond et solitaire !
Il doit lancer parfois la foudre, comme un dieu ! Mais , venez , la nuit tombe et la fête commence !
Déjà l'Incendie, hydre immense , Lève son aile sombre et ses langues de feu !
Voyez- vous? voyez- vous? sur sa proie enflammée, Il déroule en courant ses replis de fumée; Il semble caresser ces murs qui vont périr; Dans ses embrassements les palais s'évaporent.... — Oh 1 que n'ai-je aussi , moi , des baisers qui dévorent. Des caresses qui font mourir !
coûtez ces rumeurs , voyez ces vapeurs sombres , Ces hommes dans les feux errants comme des ombres,
e silence de mort par degrés renaissant !
Les colonnes d'airain , les portes d'or s'écroulent !
Des fleuves de bronze qui roulent Portent des flots de flamme au Tibre frémissant !
Tout périt! jaspe, marbre, et porphyre, et statues, Malgré leurs noms divins dans la cendre abattues. Le fléau triomphant vole au gré de mes vœux , Il va tout envahir dans sa course agrandie ,