LIVRE IV, ODE XVII
Nid royal! palais sombre, et que d'an flot de neige La roulante avalanche en bondissant assiège ! Le génie y nourrit ses fils avec amour, Et, tournant au soleil leurs yeux remplis de flammes, Sous son aile de feu couve de jeunes âmes , Qui prendront des ailes un jour !
Pourquoi donc t'étonner, Ami , si sur ta tête , Lourd de foudres, déjà le nuage s'arrête?
Si quelque impur reptile en ton nid se débat ? Ce sont tes premiers jeux, c'est ta première fête : Pour vous autres aiglons , chaque heure a sa tempête , Chaque festin est un combat.
Rayonne , il en est temps ! et s'il vient un orage , En prisme éblouissant change le noir nuage.
Que ta haute pensée accomplisse sa loi.
Viens, joins ta main de frère à ma main fraternelle. Poëte, prends ta lyre; aigle, ouvre ta jeune aile ; Étoile, étoile, lève-toi!
Ea brume de ton aube, Ami, va se dissoudre.
Fais-toi connaître, aiglon, du solei', de la foudre. Viens arracher un nom par tes chants inspirés ; Viens; cette gloire, en butte à tant de traits vuîg.ircs, Ressemble aux fiers drapeaux qu'on rapporte des guerres, Plus beaux quand ils sont déchirés !
Vois l'astre chevelu qui, royal météore,
Roule, en se grossissant des mondes qu'il dévore;
Tel, ô jeune géant, qui t'accrois tous les jours,
Tel ton génie ardent, loin des routes tracées, Entraînant dans son cours des mondes de pensées , Toujours marche et grandit toujours !
Décembre 1827.