‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 14 sur 216 · LIVRE I, ODE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODE IV

Évoquez nos vertus, interrogez nos gloires : -— Vous pourrez choisir des forfaits I

Moi , je n'ai point reçu de la Muse funèbre Votre lyre de bronze , ô chantres des remords ! Mais je voudrais flétrir les bourreaux qu'on célèbre ,

Et venger la cause des morts.

Je voudrais , un moment , troublant l'impur Génie ,

Arrêter sa gloire impunie

Qu'on pousse à l'immortalité ; Comme autrefois un Grec, malgré les vents rapides, Seul retint de ses bras, de ses dents intrépides,

L'esquif sur les mers emporté !

Quiberon vit jadis , sur son bord solitaire ,

Des Français assaillis s'apprêter à mourir,

Puis, devant les deux chefs, l'airain fumant se taire,

Et les rangs désarmés s'ouvrir.

Pour sauver ses soldats l'un d'eux offrit sa tète;

L'autre accepta cette conquête ,

De leur traité gage inhumain; Et nul guerrier ne crut sa promesse frivole , Car devant les drapeaux , témoins de leur parole ,

Tons deux s'étaient donné la main !

La phalange fidèle alors livra ses armes.

Ils marchaient : une armée environnait leurs pas , Et le peuple accourait , en répandant des larmes , Voir ces preux, sauvés du trépas*

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Ils foulaient en vaincus les champs de leurs ancêtres ;

Ce fut un vieux temple, sans prêtres,

Qui reçut ces vengeurs des rois ; Mais l'humble autel manquait à la pieuse enceinte , Et pour se consoler, dans cette prison sainte

Leurs yeux en vain cherchaient la croix !

Tous prièrent ensemble, et d'une voix plaintive, Tous, se frappant le sein , gémirent à genoux; Un seul ne pleurait pas dans la tribu captive :

C'était lui qui mourait pour tous ; C'était Sombreuil , leur chef : jeune et plein d'espérance,

L'heure de son trépas s'avance ;

Il la salue avec ferveur.

Le supplice , entouré des apprêts funéraires , Est beau pour un chrétien qui, seul, va pour ses frères

Expirer, semblable au Sauveur.

« Oli! cessez, disait-il, ces larmes, ces reproches, Guerriers; votre salut prévient tant de douleurs! Combien à votre mort vos amis et vos proches ,

Hélas! auraient versé de pleurs !

Je romps avec vos fers mes chaînes éphémères ;

A vos épouses, à vos mères,

Conservez vos jours précieux.

On vous rendra la paix, la liberté, la vie; Tout ce bonheur n'a rien que mon cœur vous envie :

Vous , ne m'enviez pas les cieux ! »

Le sinistre tambour sonna l'heure dernière ;

Les bourreaux étaient prêts : on vit Sombreuil partir.

La sœur ne fut point là pour leur ravir le frère, —

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