LIVRE I, ODE IV
Évoquez nos vertus, interrogez nos gloires : -— Vous pourrez choisir des forfaits I
Moi , je n'ai point reçu de la Muse funèbre Votre lyre de bronze , ô chantres des remords ! Mais je voudrais flétrir les bourreaux qu'on célèbre ,
Et venger la cause des morts.
Je voudrais , un moment , troublant l'impur Génie ,
Arrêter sa gloire impunie
Qu'on pousse à l'immortalité ; Comme autrefois un Grec, malgré les vents rapides, Seul retint de ses bras, de ses dents intrépides,
L'esquif sur les mers emporté !
Quiberon vit jadis , sur son bord solitaire ,
Des Français assaillis s'apprêter à mourir,
Puis, devant les deux chefs, l'airain fumant se taire,
Et les rangs désarmés s'ouvrir.
Pour sauver ses soldats l'un d'eux offrit sa tète;
L'autre accepta cette conquête ,
De leur traité gage inhumain; Et nul guerrier ne crut sa promesse frivole , Car devant les drapeaux , témoins de leur parole ,
Tons deux s'étaient donné la main !
La phalange fidèle alors livra ses armes.
Ils marchaient : une armée environnait leurs pas , Et le peuple accourait , en répandant des larmes , Voir ces preux, sauvés du trépas*
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Ils foulaient en vaincus les champs de leurs ancêtres ;
Ce fut un vieux temple, sans prêtres,
Qui reçut ces vengeurs des rois ; Mais l'humble autel manquait à la pieuse enceinte , Et pour se consoler, dans cette prison sainte
Leurs yeux en vain cherchaient la croix !
Tous prièrent ensemble, et d'une voix plaintive, Tous, se frappant le sein , gémirent à genoux; Un seul ne pleurait pas dans la tribu captive :
C'était lui qui mourait pour tous ; C'était Sombreuil , leur chef : jeune et plein d'espérance,
L'heure de son trépas s'avance ;
Il la salue avec ferveur.
Le supplice , entouré des apprêts funéraires , Est beau pour un chrétien qui, seul, va pour ses frères
Expirer, semblable au Sauveur.
« Oli! cessez, disait-il, ces larmes, ces reproches, Guerriers; votre salut prévient tant de douleurs! Combien à votre mort vos amis et vos proches ,
Hélas! auraient versé de pleurs !
Je romps avec vos fers mes chaînes éphémères ;
A vos épouses, à vos mères,
Conservez vos jours précieux.
On vous rendra la paix, la liberté, la vie; Tout ce bonheur n'a rien que mon cœur vous envie :
Vous , ne m'enviez pas les cieux ! »
Le sinistre tambour sonna l'heure dernière ;
Les bourreaux étaient prêts : on vit Sombreuil partir.
La sœur ne fut point là pour leur ravir le frère, —