LIVRE I , ODE IV. M
Et le héros devint martyr.
L'exhortant de la voix et de son saint exemple ,
Un évoque , exilé du temple ,
Le suivit au funeste lieu ; Afin que le vainqueur vît, dans son camp rebelle, Mourir, près d'un soldat à son prince fidèle ,
Un prêtre fidèle à son Dieu !
Vous pour qui s'est versé le sang expiatoire , Bénissez le Seigneur, louez l'heureux Sombreuil ; Celui qui monte au ciel , brillant de tant de gloire,
N'a pas besoin de chants de deuil !
Bannis, on va vous rendre enfin une patrie;
Captifs, la liberté chérie
Se montre à vous dans l'avenir.
Oui , de vos longs malheurs chantez la fin prochaine ; Vos prisons vont s'ouvrir, on brise votre chaîne;
Chantez ! votre exil va finir.
En effet , — des cachots la porte à grand bruit roule , Un étendard paraît , qui flotte ensanglanté ; Des chefs et des soldats l'environnent en foule,
En invoquant la Liberté !
« Quoi! disaient les captifs, déjà l'on nous délivre!... »
Quelques-uns s'empressent de suivre
Les bourreaux devenus meilleurs.
« Adieu, leur criait-on, adieu, plus de souffrance; Nous nous reverrons tous, libres, dans notre France! »
Ils devaient se revoir ailleurs.
tt QUIBERON.
Bientôt, jusqu'aux prisons des captifs en prières, Arrive un sourd fracas, par l'écho répété :
C'étaientleurs fiers vainqueurs qui délivraient leurs frères,
Et qui remplissaient leur traité!
Sans troubler les proscrits, ce bruit vint les surprendre,
Aucun d'eux ne savait comprendre
Qu'on pût se jouer des serments ; Ils disaient aux soldats * « Votre foi nous protège; » Et pour toute réponse , un lugubre cortège
Les traîna sur des corps fumants!
Le jour fit place à l'ombre et la nuit à l'auroie;
Hélas ! et pour mourir traversant la cité ,
Les crédules proscrits 'passaient, passaient encore,
Aux yeux du peuple épouvanté!
Chacun d'eux racontait, brûlant d'un saint délire,
A ses compagnons de martyre
Les malheurs qu'il avait soufferts; Tous succombaient sans peur, sans faste, sans murmure , Regrettant seulement qu'il fallût un parjure
Pour les immoler dans les fers!
A coups multipliés la hache abat les chênes.
Le vil chasseur, dans l'antre ignoré du soleil, Égorge lentement le lion dont ses chaînes
Ont surpris le noble sommeil.
On massacra longtemps la tribu sans défense.
A leur mort assistait la France, * Jouet des bourreaux triomphants; Comme jadis, aux pieds des idoles impures, Tour à tour, une veuve , en de longues tortures ,
Vit expirer ses sept enfants.