‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 140 sur 216 · AU VALLON DE CHERIZY · texte numérisé non relu

AU VALLON DE CHERIZY

Aux rayons nébuleux de sa funèbre aurore, Le grand désert de l'avenir !

De dégoûts en dégoûts il va traîner sa vie.

Que lui font ces faux biens qu'un faux orgueil envie? 11 cherche un cœur fidèle, ami de ses douleurs; Mais en vain : nuls secours n'aplaniront sa voie , Nul parmi les mortels ne rira de sa joie, "Nul né pleurera de ses pleurs !

Son sort est l'abandon ; et sa vie isolée Ressemble au noir cyprès qui croît dans la vallée. Loin de lui , le lis vierge ouvre au jour son bouton ; Et jamais , égayant son ombre malheureuse ,

Une jeune vigne amoureuse A ses sombres rameaux n'enlace un vert feston.

Avant de gravir la montagne , Un moment au vallon le voyageur a fui.

Le silence du moins répond à son ennui.

Il est seul dans la foule : ici, douce compagne,

La solitude est avec lui \,

Isolés comme lui, mais plus que lui tranquilles,

Arbres , gazons , riants asiles , Sauvez ce malheureux du regard des humains! - Ruisseaux , livrez vos bords , ouvrez vos flots dociles A ses pieds qu'a souillés la fange de leurs villes,

Et la poudre de leurs chemins !

Ah! laissez-lui chanter, consolé sous vos ombres, Ce long songe idéal de nos jours les plus sombres,

Page 1