AU VALLON DE CHERIZY
Aux rayons nébuleux de sa funèbre aurore, Le grand désert de l'avenir !
De dégoûts en dégoûts il va traîner sa vie.
Que lui font ces faux biens qu'un faux orgueil envie? 11 cherche un cœur fidèle, ami de ses douleurs; Mais en vain : nuls secours n'aplaniront sa voie , Nul parmi les mortels ne rira de sa joie, "Nul né pleurera de ses pleurs !
Son sort est l'abandon ; et sa vie isolée Ressemble au noir cyprès qui croît dans la vallée. Loin de lui , le lis vierge ouvre au jour son bouton ; Et jamais , égayant son ombre malheureuse ,
Une jeune vigne amoureuse A ses sombres rameaux n'enlace un vert feston.
Avant de gravir la montagne , Un moment au vallon le voyageur a fui.
Le silence du moins répond à son ennui.
Il est seul dans la foule : ici, douce compagne,
La solitude est avec lui \,
Isolés comme lui, mais plus que lui tranquilles,
Arbres , gazons , riants asiles , Sauvez ce malheureux du regard des humains! - Ruisseaux , livrez vos bords , ouvrez vos flots dociles A ses pieds qu'a souillés la fange de leurs villes,
Et la poudre de leurs chemins !
Ah! laissez-lui chanter, consolé sous vos ombres, Ce long songe idéal de nos jours les plus sombres,