‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 143 sur 216 · LIVRE V, ODE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V, ODE IV

Aujourd'hui , réveillant sa victime endormie , Sombre , au lieu du bonheur que j'avais tant rêvé , Devant mes yeux , troublés par l'espérance amie , Avec un rire affreux le malheur s'est levé !

Quand seul dans cette vie, hélas! d'écueils semée, Il faut boire le fiel dont le calice est plein,

Sans les pleurs de sa bien-aimée

Que reste-t-il à l'orphelin?

Si les heureux d'un jour parent de fleurs leurs têtes , Il fuit, souillé de cendre et vêtu de lambeaux; Et pour lui la coupe des fêtes Ressemble à l'urne des tombeaux 1

Il est chez les vivants comme une lampe éteinte. Le monde en ses douleurs se plaît à l'exiler ; Seulement vers le ciel il élève sans crainte Ses yeux, chargés de pleurs qui ne peuvent couler.

Mais toi , console-moi , viens , consens à me suivre , Arrache de mon sein le trait envenimé , Daigne vivre pour moi, pour toi laisse-moi vivre : J'ai bien assez souffert , Vierge , pour être aimé !

Oh ! de ton doux sourire embellis-moi la vie !

Le plus grand des bonheurs est encor dans l'amour.

La lumière à jamais ne me fut point ravie ,

Viens, je suis dans la nuit, mais je puis voir le jour!

Mes chants ne cherchent pas une illustre mémoire; Et s'il faut me courber sous ce fatal honneur,

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