LA CHAUVE-SOURIS
De ton ongle hideux ne touche pas ma lyre , De peur de réveiller des morts !
La nuit , quand les démons dansent sous le ciel sombre , Tu suis le chœur magique en tournoyant dans l'ombre. L'hymne infernal t'invite au conseil malfaisant. Fuis ! car un doux parfum sort de ces fleurs nouvelles ;
Fuis, il faut à tes mornes ailes L'air du tombeau natal et la vapeur du sang.
Qui t'amène vers moi ? Viens-tu de ces collines
Où la lune s'enfuit sur de blanches ruines ?
Son front est, comme toi, sombre dans sa pâleur.
% Tes yeux dans leur route incertaine Ont donc suivi les feux de ma lampe lointaine? Attiré par la gloire , ainsi vient le malheur!
Sors-tu de quelque tour qu'habite le Vertige , JSain bizarre et cruel, qui sur les monts voltige, Prête aux feux du marais leur errante rougeur , Rit dans l'air, des grands pins courbe en criant les cimes Et chaque soir, rodant sur le bord des abîmes , Jette aux vautours du gouffre un pâle voyageur ?
En vain autour de moi ton vol qui se promène Sème une odeur de tombe et de poussière humaine ; Ton aspect m'importune et ne peut m'effrayer. Fuis donc, fuis, ou demain je livre aux yeux profanes Ton corps sombre et velu , tes ailes diaphanes , Dont le pâtre conteur orne son noir foyer.
Des enfants se joueront de ta dent furieuse;