PAYSAGE
Hoc erat in votis !
Hoiuce.
Lorsque j'étais enfant : « Viens , me disait la Muse , Viens voir le beau Génie assis sur mon autel ! Il n'est dans mes trésors rien que je te refuse , Soit que l'altier clairon ou l'humble cornemuse Attendent ton souffle immortel.
« Mais fuis d'un monde étroit l'impure turbulence ; Là, rampent les ingrats, là, régnent les méchants. Sur un luth inspiré lorsqu'une âme s'élance , Il faut que, l'écoutant dans un chaste silence, L'écho lui rende tous ses chants !
« Choisis quelque désert pour y cacher ta vie. Dans une ombre sacrée emporte ton flambeau.
Heureux qui, loin des pas d'une foule asservie, Dérobant ses concerts aux clameurs de l'envie , Lègue sa gloire à son tombeau !
« L'horizon de ton âme est plus haut que la terre, Mais cherche à ta pensée un monde harmonieux ,
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Où tout, en l'exaltant, charme ton coeur austère, Où des saintes clartés, que nulle ombre n'altère, Le doux reflet suive tes yeux.
« Qu'il soit un frais vallon , ton paisible royaume , Où parmi l'églantier, le saule ou le glaïeul , Tu penses voir parfois, errant comme un fantôme, Ces magiques palais qui naissent sous le chaume , Dans les beaux contes de l'aïeul.
« Qu'une tour en ruine, au flanc de la montagne, Pende , /et jette son ombre aux flots d'un lac d'azur. Le soir, qu'un feu de pâtre, au fond de la campagne, Comme un ami dont l'œil de loin noiis accompagne , Perce le crépuscule obscur.
• Quand , guidant sur le lac deux rames vagabondes , Le ciel, dans ce miroir, t'offrira ses tableaux, Qu'une molle nuée , en déroulant ses ondes, Montre à tes yeux, baissés sur les vagues profondes, Des flots se jouant dans les flots.
« Que , visitant parfois une île solitaire Et des bords ombragés de feuillages mouvants , Tu puisses , savourant ton exil volontaire , En silence épier s'il est quelque mystère
Dans le bruit des eaux et des vents.
Qu'à ton réveil joyeux , les chants des jeunes mères T'annoncent et l'enfance, et la vie et le jour. Qu'un ruisseau passe auprès de tes fleurs éphémères,