‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 153 sur 216 · LIVRE V, ODE X · texte numérisé non relu

LIVRE V, ODE X

ODE DIXIEME

O rus !

Virgile. .

Il est pour tout mortel , soit que , loin de l'envie , Un astre aux rayons purs illumine sa vie ; Soit qu'il suive à pas lents un cercle de douleurs , Et, regrettant quelque ombre à son amour ravie, Veille auprès de sa lampe , et répande des pleurs ;

11 est des jours de pai\, d'ivresse et de mystère , Où notre cœur savoure un charme involontaire, Où l'air vibre , animé d'ineffables accords , Comme si l'âme heureuse entendait de la terre Le bruit vague et lointain de la cité des morts.

Souvent ici , domptant mes douleurs étouffées , Mon bonheur s'éleva comme un château de fées , Avec ses murs de nacre , aux mobiles couleurs , Ses tours , ses portes d'or, ses pièges , ses trophées, Et ses fruits merveilleux et ses magiques fleurs.

Puis soudain tout fuyait : sur d'informes décombres Tour à tour à mes yeux passaient de pâles ombres;

D'un crêpe nébuleux le ciel était voilé;

Et de spectres en deuil peuplant ces déserts sombres ,

Un tombeau dominait le palais écroulé.

Vallon ! j 'ai bien souvent laissé dans ta prairie , Comme une eau murmurante , errer ma rêverie; Je n'oublierai jamais ces fugitifs instants ; Ton souvenir sera , dans mon âme attendrie , Comme un son triste et doux qu'on écoute longtemps !

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