‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 22 sur 216 · LIVRE I, ODE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODE VI

Le proscrit à son tour peut remplacer l'idole ;

Des piédestaux du Capitale

Sylla détrône Marius.

Aux outrages du sort insensé qui s'oppose !

Le sage , de l'affront dont frémit Théodose ,

Sourit avec Démétrius.

D'un héros toutefois l'image auguste et chère Hérite du respect qui payait ses vertus :

Trajan domine encor les champs que de Tibère

Couvrent les temples abattus.

Souvent, lorsqu'en l'horreur des discordes civiles

La terreur planait sur les villes,

Aux cris des peuples révoltés, Un héros, respirant dans le marbre immobile, Arrêtait tout à coup par son regard tranquille

Les factieux épouvantés !

Eh quoi ! sont-ils donc loin ces jours de notre histoire Où Paris sur son prince osa lever son bras?

Où l'aspect de Henri , ses vertus , sa mémoire ,

N'ont pu désarmer des ingrats ?

Que dis-je? Ils ont détruit sa statue adorée.

Hélas ! cette horde égarée

Mutilait F airain renversé ; Et cependant , des morts souillant le saint asile , Leur sacrilège main demandait à l'argile

L'empreinte de son front glacé !

Voulaient-ils donc jouir d'un portrait plus fidèle Du héros dont leur haine a payé les bienfaits? Voulaient-ils , réprouvant leur fureur criminelle ,

Le rendre à nos yeux satisfaits ?

Non ; mais c'était trop peu de briser son image :

Ils venaient encor, dans leur rage,

Briser son cercueil outragé.

Tel , troublant le désert d'un rugissement sombre , Le tigre en se jouant cherche à dévorer l'ombre

Du cadavre qu'il a rongé.

Assis près de la Seine, en mes douleurs amères , Je me disais : « La Seine arrose encore Ivry, Et les flots sont passés où, du temps de nos pères,

Se peignaient les traits de Henri.

Nous ne verrons jamais l'image yénérée

D'un roi qu'à la France éplorée

Enleva si tôt le trépas ; Sans saluer Henri nous irons aux batailles , Et l'étranger viendra chercher dans nos murailles

Un héros qu'il n'y verra pas! *

Où courez-vous?—- Quel bruit naît, s'élève et s'avance? Qui porte ces drapeaux, signe heureux de nos rois? Dieu ! quelle masse au loin semble, en sa marche immense,

Broyer la terre sous son poids ?

Répondez.... Ciel! c'est lui! je vois sa noble tête....

te peuple , fier de sa conquête ,

Répète en chœur son nom chéri.

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