‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 23 sur 216 · LIVRE I, ODE VL · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODE VL

O ma lyre, tais-toi dans la publique ivresse; Que seraient tes concerts près des chants d'allégresse De la France aux pieds de Henri ?

Par mille bras traîné, le lourd colosse roule. Ah ! volons , joignons-nous à ces efforts pieux,. Qu'importe si mon bras est perdu dans la foule?

Henri me voit du haut des cieux.

Tout un peuple a voué ce bronze à ta mémoire ,

O chevalier, rival en gloire

Des Bavard et des Duguesclin 1 De l'amour des Français reçois la noble preuve, Nous devons ta statue au denier de la veuve ,

A l'obole de l'orphelin.

N'en doutez pas : l'aspect de cette image auguste Rendra nos maux moins grands, notre bonheur plus doux, Français ! louez Dieu ; vous voyez un Roi juste,

Un Français de plus parmi vous.

Désormais, dans ses yeux, en volant à la gloire,

Nous viendrons puiser la victoire ;

Henri recevra notre foi.; Et quand on parlera de ses vertus si chères., Nos enfants n'iront pas demander à nos pères

Gomment souriait le bon Roi 1

Jeunes amis, dansez autour de cette enceinte; Mêlez vos pas joyeux , mêlez vos heureux chants. Henri , car sa bonté dans ses traits est empreinte ,

Bénira vos transports touchants.

Près des vains monuments que des tyrans s'élèvent,

Qu'après de longs siècles achèvent

Les travaux d'un peuple opprimé , Qu'il est beau cet airain où d'un Roi tutélaire La France aime à revoir le geste populaire

Et le regard accoutumé !

Que le fier conquérant de la Perse avilie, Las de léguer ses traits à de frêles métaux, Menace , dans l'accès de sa vaste folie ,

D'imposer sa forme à l'Athos; Qu'un Pharaon cruel , superbe en sa démence ,

Couvre d'un obélisque immense

Le grand néant de son cercueil ; Son nom meurt, et bientôt l'ombre des Pyramides, Pour l'étranger perdu dans ces plaines arides,

Est le seul bienfait de l'orgueil !

Un jour ( mais repoussons tout présage funeste ! ) , Si des ans ou du sort les coups encor vainqueurs Brisaient de notre amour le monument modeste ,

Henri ! tu vivrais dans nos coeurs ; Cependant que du Nil les montagnes altières,

Cachant cent royales poussières,

Du monde inutile fardeau , Du temps et de la mort attestent le passage , Et ne sont déjà plus à l'œil ému du sage

Que la ruine d'un tombeau.

FéTrier 4819.

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