‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 26 sur 216 · LIVRE I, ODE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODE VII

A l'horrible récit , quels cris expiatoires

Vont pousser nos guerriers, fameux par leur valeur !

L'Europe , qu'ébranlait le bruit de leurs victoires ,

Va retentir de leur douleur.

Mais toi , que diras-tu , chère et noble Vendée ?

Si longtemps de sang inondée ,

Tes regrets seront superflus ; .

Et tu seras semblable à la mère accablée , Qui s'assied sur sa couche et pleure inconsolée ,

Parce que son enfant n'est plus !

Bientôt vers Saint-Denis , désertant nos murailles , Au bruit sourd des clairons, peuple' prêtres, soldats, Nous suivrons à pas lents le char des funérailles ,

Entouré des chars des combats.

Hélas! jadis souillé par des mains téméraires,

Saint-Denis , où dormaient ses pères ,

A vu déjà bien des forfaits ; Du moins, puisse, à l'abri des complots parricides, Sous ces murs profanés, parmi ces tombes vides,

Sa cendre reposer en paix I

D'Enghien s'étonnera, dans les célestes sphères ,

De voir si tôt l'ami cher à ses jeunes ans ,

A qui le vieux Condé , prêt à quitter nos terres ,

Léguait ses devoirs bienfaisants.

A l'aspect de Berry, leur dernière espérance, Des rois "que révère la France Les ombres frémiront d'effroi;

Deux héros gémiront sur leurs races éteintes, Et le vainqueur d'Ivry viendra mêler ses plaintes Aux pleurs du vainqueur de Rocroy.

Ainsi, Bourbon, au bruit du forfait sanguinaire,

On te vit vers d'Artois accourir désolé ;

Car tu savais les maux que laisse au cœur d'un père

Un fils avant l'âge immolé.

Mais bientôt , chancelant dans ta marche incertaine,

L'affreux souvenir de Vincenne

Vint s'offrir à tes sens glacés ; Tu pâlis ; et d'Artois , dans la douleur commune , Sembla presque oublier sa récente infortune,

Pour plaindre tes revers passés.

Et toi, veuve éplorée, au milieu de l'orage, Attends des jours plus doux , espère un sort meilleur; Prends ta sœur pour modèle, et puisse ton courage

Être aussi grand que Ion malheur!

Tu porteras comme elle une urne funéraire j

Comme elle, au sein du sanctuaire,

Tu gémiras sur un cercueil ; L'hydre des factions, qui, sorti des ténèbres, A marqué pour ta sœur tant d'époques funèbres,

Te fait aussi ton jour de deuil !

pourtant, ô frêle appui de la tige royale,

Si Dieu par ton secours signale son pouvoir, .

Tu peux sauver la France, et de Y hydre infernale

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