LIVRE 1, ODE VIL
Sa force, ses doux soins, son amour assidu?
Hélas ! et qui dira ses lamentables plaintes ,
Quand tout espoir sera perdu?
Quels étaient nos transports, 6 vierge de Sicile,
Quand naguère à ta main docile
Berry joignit sa noble main !
Devais -tu donc, princesse, en touchant ce rivage, Voir si tôt succéder le crêpe du veuvage
Au chaste voile de l'hymen?
Berry, quand nous vantions ta paisible conquête, Nos chants ont réveillé le dragon endormi y L'Anarchie en grondant a relevé sa tète,
Et l'enfer même en a frémi.
Elle a rugi : soudain , du milieu des ténèbres ,
Clément poussa des cris funèbres :
Ravaillac agita ses fers ; Et le monstre, étendant ses deux ailes livides, Aux applaudissements des ombres régicides ,
S'envola du fond des enfers !
Le Démon , vers nos bords tournant son vol funeste , Voulut, brisant ces lis' qu'il flétrit tant de fois, Épuiser d'un seul coup le déplorable reste
D'un sang trop fertile en bons rois.
Longtemps le sbire obscur qu'il arma pour son crime ,
Rêveur, autour de la victime
Promena sçs affreux loisirs; Enfin le ciel permet que son voeu s'accomplisse : Pleurons tous, car le meurtre a choisi pour complice
Le tumulte de nos plaisirs !
Le fer brille.... un cri part : guerriers, volez aux armes J C'en est fait : la duchesse accourt en pâlissant; Son bras soutient Berry qu'elle arrose de larmes ,
Et qui rinonde de son sang.
Dressez un lit funèbre : est-il quelque espérance?...
Hélas! un lugubre silence
A condamné son triste époux. Assistez-rle , Madame, en ce moment horrible; Les soins cruels de Part le rendront plus terrible ,
Les vôtres le rendront plus doux.
Monarque en cheveux blancs, hâte-toi , le temps presse ; Un Bourbon va rentrer au sein de ses aïeux ; Viens, accours vers ce Gis, l'espoir de ta vieillesse :
Car ta main doit fermer ses yeux f Il a béni sa fille , à son amour ravie ;
Puis , des vanités de sa vie
Il proclame un noble abandon ; Vivant, il pardonna ses maux à la patrie; Et son dernier soupir, digne du Dieu qu'il prie,
Est encore un cri de pardon.
Mort sublime! ô regrets 1 vois sa grande âme, et pleure;
Porte au ciel tes clameurs , ô peuple désolé.
Tu l'as trop peu connu : c'est à sa dernière heure
Que le héros s'est révélé.
Pour consoler la Veuve, apportez l'Orpheline;
Donnez sa fille à Caroline , *
La nature encore a ses droits.
Mais, quand périt l'espoir d'une tige féconde, Qui pourra consoler, dans sa terreur profonde ,
La France, veuve de ses rois?