‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 51 sur 216 · LIVRE II, ODE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, ODE IV

Fuir, traînant après lui comme un lambeau d'armée , Chars, coursiers et soldats , pressés de toutes parts. Tel , en son vol immense atteint du plomb funeste , Le grand aigle, tombant de l'empire céleste * Sème sa trace au loin de son plumage épars.

Qu'il dorme maintenant dans son lit de poussière ! On ne voit plus, autour de sa couche guerrière, Vingt courtisans royaux épier son réveil ; L'Europe , si longtemps sous son bras palpitante , Ne compte plus, assise aux portes de sa tente, Les heures de son noir sommeil.

Reprenez , ô Français , votre gloire usurpée. Assez dans tant d'exploits on n'a vu qu'une épée ! Assez de la louange il fatigua la voix !

Mesurez la hauteur du géant sur la poudre.

Quel aigle ne vaincrait, armé de votre foudre? Et qui ne serait grand, du haut de vos pavois?

L'étoile de Brennus luit encor sur vos têtes. La Victoire eut toujours des Français à ses fêtes. La paix du monde entier dépend de leur repos. Sur les pas des Moreau, des Condé, des Xaintrailles, Ce peuple glorieux dans les champs de batailles A toujours usé ses drapeaux.

Toi , mon père , ployant ta tente voyageuse , Conte-nous les écueils de ta route orageuse ,

Le soir, d'un cercle étroit en silence entouré. Si d'opulents trésors ne sont plus ton partage , Va , tes fils sont contents de ton noble héritage : Le plus beau patrimoine est un nom révéré.

Pour moi, puisqu'il faut voir, et mon cœur en murmure, Pendre aux lambris poudreux ta vénérable armure; Puisque ton étendard dort près de ton foyer, Et que, sous l'humble abri de quelques vieux portiques, Le coursier, qui m'emporte aux luttes poétiques, Laisse rouiller ton char guerrier ;

Lègue à mon luth obscur l'éclat de ton épée;

Et du moins , qu'à ma voix , de ta vie occupée ,

Ce beau souvenir prête un charme solennel ;

Je dirai tes combats aux muses attentives ,

Comme un enfant joyeux , parmi ses sœurs craintives,

Traîne, débile et fier, le glaive paternel.

Aoùr 4 823.

Page 1