‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 53 sur 216 · LE REPAS LIBRE · texte numérisé non relu

LE REPAS LIBRE

La pourpre recevait ces convives austères :

Le Falerne écumait dans de larges cratères

Ceints de myrtes fleuris ; Le miel d'Hybla dorait les vins de Malvoisie, Et, dans les vases d'or, les parfums de l'Asie

Lavaient leurs pieds meurtris.

Un art profond , mêlant les tributs des trois mondes, Dévastait les forêts et dépeuplait les ondes

Pour ce libre repas ; On eût dit qu'épuisant la prodigue nature , Sybaris conviait aux banquets d'Épicure

Ces élus du trépas.

Les tigres cependant s'agitaient dans leur chaîne : Les léopards captifs de la sanglante arène

Cherchaient le noir chemin ; Et bientôt, moins cruels que les femmes de Rome, Ces monstres s'étonnaient d'être applaudis par l'homme

Baignés de sang humain.

On jetait aux lions les confesseurs, les prêtres. Telle une main servile à de dédaigneux maîtres

Offre un mets savoureux.

Lorsqu'au pompeux banquet siégeait leur saint conclave, La pâle mort, debout, comme un muet esclave,

Se tenait derrière eux.

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