LE REPAS LIBRE
La pourpre recevait ces convives austères :
Le Falerne écumait dans de larges cratères
Ceints de myrtes fleuris ; Le miel d'Hybla dorait les vins de Malvoisie, Et, dans les vases d'or, les parfums de l'Asie
Lavaient leurs pieds meurtris.
Un art profond , mêlant les tributs des trois mondes, Dévastait les forêts et dépeuplait les ondes
Pour ce libre repas ; On eût dit qu'épuisant la prodigue nature , Sybaris conviait aux banquets d'Épicure
Ces élus du trépas.
Les tigres cependant s'agitaient dans leur chaîne : Les léopards captifs de la sanglante arène
Cherchaient le noir chemin ; Et bientôt, moins cruels que les femmes de Rome, Ces monstres s'étonnaient d'être applaudis par l'homme
Baignés de sang humain.
On jetait aux lions les confesseurs, les prêtres. Telle une main servile à de dédaigneux maîtres
Offre un mets savoureux.
Lorsqu'au pompeux banquet siégeait leur saint conclave, La pâle mort, debout, comme un muet esclave,
Se tenait derrière eux.