LIVRE II, ODE Vil
Cadix nous a vengés de l'affront de Pavie.
A l'ombre d'un héros ravie
La gloire a rendu tous ses droits ; Oubliant quel Français a porté ses entraves, La fière Espagne a vu si les mains de nos braves
Savent briser les fers des rois !
Préparez, Castillans, des fêtes solennelles, Des murs de Saragosse aux Champs d'Alraonacid. Mêlez à nos lauriers vos palmes fraternelles ;
Chantez Bayard : — chantons le Cid 1 Qu'au vieil Escurial le vieux Louvre réponde;
Que votre drapeau se confonde
A nos drapeaux victorieux.
Que Gadès édifie un autel sur sa plage !
Que de lui-même, aux monts d'où se leva Pelage,
S'allume un feu mystérieux !
Pour témoigner de leurs paroles,
Où sont ces nouveaux Décius?
Le brasier attend les Scévoles !
Le gouffre attend les Curtius 1
Quoi, traînant leurs fronts dans la poudre,
Tous de Bourbon , qui tient la foudre ,
Embrassent les sacrés genoux ! . . . —
Ah ! la victoire est généreuse,
Leur cause inique est malheureuse ,
Us sont vaincus , ils sont absous 1
Un Bourbon pour punir ne voudrait pas combattre'. Le droit de son triomphe est toujours le pardon. Pourtant des factions que son bras vient d'abattre ,
Il éteint le dernier brandon.
Oh ! de combien de maux , peuples , il vous délivre !
Hélas! à quels forfaits se livre
Le Monstre , à ses pieds frémissant !
Nous qui l'avons vaincu , nous fûmes sa conquête. Nous savons, lorsque tombe une royale tête,
Combien il en coule de sang!
O nos guerriers , venez ! vos mères sont contentes ! Vos Mas, terreur du monde, en deviennent l'appui. Assez on vit crouler de trônes sous vos tentes!
Relevez les rois aujourd'hui.
Dieu met sur votre char son arche glorieuse ;
Votre tente victorieuse
Est son tabernacle immortel ; Des saintes légions votre étendard dispose ; Il veut que votre casque à sa droite repose
Entre les vases de l'autel !
C'en est fait : loin de l'espérance Chassant le crime épouvanté , Les cieux commettent à la France La garde de la Royauté.