LIVRE II, ODE VIF
Aux champs de Roncevaux lorsqu'ils passaient naguère,
Les prit pour d'anciens chevaliers?
Car le héros, assis sur sa tombe célèbre,
Les voyait, vers les bords de l'Èbre
Déployant leur vol i mmortel , Du haut des monts, pareils à l'aigle ouvrant ses ailes, Secouer, pour çjiasser de nouveaux infidèles.
L'éclatant cimier de Martel 1
Mais un autre héros encore, Pelage, l'effroi des tyrans, Pelage, autre vainqueur du Maure, Dans les cieux saluait nos rangs.
Au char où notre gloire brille, Il attelait de la Cas tille Le vieux lion, fier et soumis ; Répétant notre cri d'alarmes, Il mêlait sa lance à nos armes.
Et sa voix nous disait : « Amis ! »
Des pas d'un conquérant l'Espagne encor fumante.
Pleurait, prostituée à notre Liberté,
Entre les bras sanglants de l'effroyable amante , Sa royale virginité.
Ce peuple altier, chargé de despotes vulgaires , Maudissait, épuisé de guerres, Le monstre en ses champs accouru;
Si las des vils tribuns et des tyrans serviles,
Que lui-même appelait l'étranger dans ses villes, Sans frémir d'être secouru !
Les Français sont venus : — du Rhin jusqu'au Bosphore, Peuples de l'aquilon , du couchant , du midi , Pourquoi, vous dont le front, que l'effroi trouble encore,
Se courba sous leur pied hardi ; # Nations , de la veille à leur chaîne échappées ,
Qu'on vit tomber sous leurs épées,
Ou qui par eux avez vécu ; Empires, potentats, cités, royaumes, princes! Pourquoi, puissants États, qui fûtes nos provinces,
Me demander s'ils ont vaincu?
Ils ont appris à l'anarchie
Ce que pèse le fer gaulois ;
Mais par eux l'Espagne affranchie
Ne peut rougir de leurs exploits ;
Tous les peuples , que Dieu seconde ,
Quand l'hydre, en désastres féconde,
Tourne vers eux son triple dard,
Ont , ligués contre sa furie ,
Le temple pour même patrie ,
La croix pour commun étendard.
Pourtant , que désormais Madrid taise à l'histoire Des succès trop longtemps par son orgueil redits , Et le royal captif que l'ingrate victoire Dans ses murs envoya jadis.