LIVRE I, ODE II
ODE DEUXIEME
.Ave,» Caesar, morituri te salutant.
« Qui de nous, en posant une urne cinéraire,
N'a trouvé quelque ami pleurant sur un cercueil ?
Autour du froid tombeau d'une épouse ou d'un frère,
Qui de nous n'a mené le deuil ? »
Ainsi, sur les malheurs de la France éplorée,
Gémissait la Muse sacrée
Qui nous montra le ciel ouvert.
Dans ces chants ou, planant sur Ironie et sur Pahnyre, Sublime, elle annonçait les douceurs du martyre
Et l'humble bonheur du désert !
Depuis, à nos tyrans rappelant tous leurs crimes, Et vouant aux remords ces coeurs sans repentirs, Elle a dit • a En ces temps la France eut des victimes ;
Mais la Vendée eut des martyrs ! »
Déplorable Vendée, a-t-on séché tes larmes?
Marches-tu, ceinte de tes armes, Au premier rang de nos guerriers?
Si l'Honneur, si la Foi n'est pas un vain fantôme,
Montre-moi quels palais ont remplacé le chaume De tes rustiques chevaliers !
Hélas ! tu te souviens des jours de ta misère ! Des flots de sang baignaient tes sillons dévastés, Et le pied des coursiers n'y foulait de poussière
Que la cendre de tes cités!
Ceux-là qui n'avaient pu te vaincre avec l'épée
Semblaient , dans leur rage irompée ,
Implorer l'enfer pour appui ; Et, roulant sur la plaine en torrents de fumée y Le vaste embrasement poursuivait ton armée ,
Qui ne fuyait que devant luil
La Loire vit alors , sur ses plages désertes , S'assembler les tribus des vengeurs de nos rois , Peuple qui ne pleurait, fier de ses nobles pertes,
Que sur le Trône et sur la Croix.
C'étaient quelques vieillards fuyant leurs toits en flammes,
C'étaient des enfants et des femmes,
Suivis d'un reste de héros ; Au milieu d'eux marchait leur Patrie exilée; Car ils ne laissaient plus qu'une terre peuplée
De cadavres et de bourreaux.
On dit qu'en ce moment , dans un divin délire , Un vieux prêtre parut parmi ces fiers soldats , Comme un saint, chargé d'ans, qui parle du martyre Aux nobles anges des combat» ;