LIVRE I, ODE II
Tranquille , en proclamant de sinistres présages , Les souvenirs des anciens âges S'éveillaient dans son cœur glacé ; Et , racontant le sort qu'ils devaient tous attendre , La voix de l'avenir semblait se faire entendre Dans ses discours pleins du passé.
« Au delà du Jourdain, après quarante années, Dieu promit une terre aux enfants d'Israël ; Au delà de ces flots, après quelques journées,
Le Seigneur vous promet le ciel.
Ces bords ne verront pins vos phalanges errantes.
Dieu , sur dos plaines dévorantes ,
Vous prépare un tombeau lointain :
Votre astre doit s'éteindre , à peine à son aurore ; Mais Samson expirant peut ébranler encore
Les colonnes du Philistin !
« Vos guerriers périront. Mais, toujours invincibles, S'ils ne peuvent punir, ils sauront se venger : Car ils verront encor fuir ces soldats terribles ,
Devant qui fuyait l'étranger!
Vous ne mourrez pas tous sous des bras intrépides :
Les uns, sur des nefs homicides,
Seront jetés aux flots mouvants; Ceux-là promèneront des os sans sépulture, Et cacheront leurs morts sous une terre obscure ,
Pour les dérober aux vivants !
« Et vous , ô jeune Chef, ravi par la victoire Aux hasards de Mortagne, aux périls de Saumur, L'honneur de vous frapper dans un combat sans gloire Rendra célèbre un bras obscur.
11 ne sera donné qu'à bien peu de nos frères
De revoir, après tant de guerres,
La place où furent leurs foyers ; Alors, ornant son toit de ses armes oisives , Chacun d'eux attendra que Dieu rende à nos rives
Les lis, qu'il préfère aux lauriers.
« Vendée, ô noble terre! ô ma triste. patrie X. t . . Tu dois payer bien cher le retour de tes. rois ! . Avant que sur nos bords croisse la fleur chérie,
Ton sang l'arrosera deux foi».
Mais aussi lorsqu'un jour l'Europe réunie
De l'arbre de la tyrannie •
Aura brisé les rejetons , Tous les rois vanteront leurs camps, leur flatte immense, Et , seul , le Roi Chrétien mettra dans la balance
L'humble glaive des vieux Bretons 1
« Grand Dieu! Si toutefois, après ces jours d'ivresse , Blessant le cœur aigri du héros oublié , Une voix insultante offrait à sa détresse
Les dons ingrats de la pitié; Si sa mère, et sa veuve, et sa fille éplorées,
S'arrêtaient , de faim dévorées ,
Au seuil d'un favori puissant , Rappelant à celui qu'implore leur misère, Qu'elles n'ont plus ce fils , cet époux et ce père
Qui croyait leur léguer son sang;