LIVRE II, ODE IX
Ne pleurez pas, — prions t les saints l'ont rédamée; Prions : adorez-la , vous qui l'avez aimée !
Elle est avec ses sœurs, anges purs et charmants , Ces vierges qui , jadis , sur la croix attachées , Ou, comme au sein des fleurs, sur des brasiers couchées, S'endormirent dans les tourments.
Sa vie était un pur mystère D'innocence et de saints remords ; Cette âme a passé sur la terre Entre les vivants et les morts.
Souvent , hélas ! l'infortunée , Gomme si de sa destinée La mort eût rompu le lien , Sentit, avec des terreurs vaines, Se glacer dans ses pâles veines Un sang qui n'était pas le sien !
O jour où le trépas perdit son privilège , Où , rachetant un meurtre au prix d'un sacrilège , Le sang des morts coula dans son sein virginal ! Entre l'impur breuvage et le fer parricide , Les bourreaux poursuivaient F héroïne timide D'une insulte funèbre et d'un rire infernal !
Son triomphe est dans son supplice.
Elle a, levant ses yeux au ciel, Bu le sang au même calice Où Jésus mourant but le fiel.
Oh ! que d'amour dans ce courage !...
Mais , quand périrent dans Forage Ses parents, que la France a plaints, Pour consoler l'auguste fille Dieu lui confia sa famille Et de veuves et d'orphelins.
Car il lui fut donné de survivre au martyre : — Elle fut sur nos bords, d'où la foi se retire, Comme un rayon du soir resté sur l'horizon; Dieu la marqua d'un signe entre toutes les femmes , Et voulut dans son champ , où glanent si peu d'âmes, Laisser cet épi mûr de la sainte moisson.
Elle était heureuse , ici même !
Du bras dont il venge ses droits, Le Seigneur soutient ceux qu'il aime, Et les aide à porter la croix.
Il montre, en visions étranges, A Jacob l'échelle des anges , A Saùl les antres d'Endor ; Sa main mystérieuse et sainte Sait cacher le miel dans l'absinthe, Et la cendre dans les fruits d'or.
Sa constante équité n'est jamais assoupie ;
Le méchant , sous la pourpre où son bonheur s'expie ,
Envie un toit de chaume au fidèle abattu ;
Et quand l'impie heureux, bercé sur des abîmes,