‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 64 sur 216 · LIVRE II, ODE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, ODE IX

Se crée un enfer de ses crimes , Le juste en pleurs se fait un ciel de sa vertu.

On dit qu'en dépouillant la vie,

Elle parut la regretter,

Et jeta des regards d'envie

Sur les fers qu'elle allait quitter.

« O mon Dieu ! retardez mon heure.

Loin de la vallée où l'on pleure ,

Suis-je digne de m'envoler?

Ce n'est pas la mort que j'implore ,

Seigneur; je puis souffrir encore,

Et je veux encor consoler.

c Je pars : ayez pitié de ceux que j'abandonne; Quel amour leur rendra l'amour que je leur donne ? Pourquoi du saint bonheur si tôt me couronner? Laissez mon âme encor sur leurs maux se répandre; Je n'aurai plus au ciel d'opprimés à défendre , Ni d'oppresseurs à pardonner ! »

Il faut donc que le juste meure ! — En vain , dans ses regrets nommés , Ont passé devant sa demeure Tous ses pauvres accoutumés.

Maintenant, 6 fils des chaumières, Payez son aumône en prières ; Suivez-la d'un pieux adieu , Orphelins , veuves déplorables , Vous tous , faibles et misérables , Images augustes de Dieu !

O Dieu ! ne reprends pas ceux que ta flamme anime. Si la vertu s'en va, que deviendra le crime?

Où pourront du méchant se reposer les yeux?

N'enlève pas au monde un espoir salutaire.

Laisse des justes sur la terre !

N'as-tu donc pas, Seigneur, assez d'anges aux cieux?

Décembre 1823.

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