‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 72 sur 216 · LIVRE III, ODE III. H · texte numérisé non relu

LIVRE III, ODE III. H

Ma dépouille ici doit descendre !

C'est pour faire place à ma cendre Qu'on dépeupla ces noirs ca Veaux.

Il faut un nouveau maître au monde; A ce sépulcre, que je fonde, Il faut des ossements nouveaux.

« Je promets ma poussière à ces voûtes funestes. A cet insigne honneur ce temple a seul des droits ; Car je veux que le ver qui rongera mes restes

Ait déjà dévoré des rois.

Et lorsque mes neveux, dans leur fortune altière,

Domineront l'Europe entière,

Du Kremlin à l'Escurial, Ils viendront tour à tour dormir dans ces lieux sombres, Afin que je sommeille, escorté de leurs ombres,

Dans mon linceul impérial ! »

Celui qui disait ces paroles , Croyait , soldat audacieux , Voir, en magnifiques symboles, Sa destinée écrite aux cieux.

Dans ses étreintes foudroyantes , Son aigle , aux serres flamboyantes , Eût étouffé l'aigle romain; La Victoire était sa compagne ; Et le Globe de Charlemagne Était trop léger pour sa main.

Eh bien! des potentats ce formidable maître Dans l'espoir de sa mort par le ciel fut trompe. De ses ambitions c'est la seule peut-être

Page 1