‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 88 sur 216 · LIVRE III, ODE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, ODE VI

« Qu'il vive pour mourir tous les jours , à toute heure ! Que le fier conquérant baisse les yeux et pleure ! Sachant sa gloire à peine et riant de ses droits, Des geôliers ont chargé d'une chaîne glacée

Cette main qui s'était lassée

A courber les têtes des rois !

« Il crut que sa fortune , en victoires féconde , Vaincrait le souvenir du peuple roi du monde; Mais Dieu vient, et d'un souffle éteint son noir flambeau, Et ne laisse au rival de l'éternelle Rome Que ce qu'il faut de place et de temps à tout homme Pour se coucher dans le tombeau.

« Ces mers auront sa tombe, et l'oubli la devance. En vain à Saint- Denis il fit parer d'avance Un sépulcre de marbre et d'or étincelant :

Le ciel n'a pas voulu que de royales ombres Vissent, en revenant pleurer sous ces murs sombres, Dormir dans leur tombeau son cadavre insolent ! »

Qu'une coupe vidée est amère ! et qu'un rêve Commencé dans l'ivresse , avec terreur s'achève ! Jeune, on livre à l'espoir sa crédule raison; Mais on frémit plus tard, quand Tàrne est assouvie, . Hélas! et qu'on revoit sa vie, De l'autre bord de l'horizon !

Ainsi > quand vous passez au pied d'un mont sublime,

Longtemps en conquérant vous admirez sa cime ,

Et ses pics, que jamais les ans n'humilieront ;

Ses forets , vert manteau qui pend aux rocs sauvages ,

Et ces couronnes de nuages

Qui s'amoncellent sur son front I

Montez donc , et tentez ces zones inconnues 1 — Vous croyiez fuir aux cieux. . . . Vous vous perdez aux nues î Le mont change à vos yeux d'aspect et de tableaux : C'est un gouffre obscurci de sapins centenaires ,

Où les torrents et les tonnerres

Croisent des éclairs et des flots I

Voilà l'image de la gloire : ,

D'abord, un prisme éblouissant, Puis un miroir expiatoire , Où la pourpre paraît du sang !

Tour à tour puissante , asservie , Voilà quel double aspect sa vie Offrit à ses âges divers.

Il faut à son nom deux histoires .

Jeune, il inventait ses victoires; Vieux, il méditait ses revers.

En Corse, à Sainte-Hélène encore, Dans les nuits d'hiver, le noeber, Si quelque orageux météore Brille au sommet d'un noir rocher, Croit voir le sombre capitaine,

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