LIVRE III, ODE VIL
J'aime ton piédestal d'armures, et ta tête Dont le panache est un drapeau 1
Au bronze de Henri mon orgueil te marie :
J'aime à vous voir tous deux , honneur de la patrie , Immortels , dominant nos troubles passagers , Sortir, signes jumeaux d'amour et de colère ,
Lui , de l'épargne populaire ,
Toi, des arsenaux étrangers!
Que de fois, tu le sais, quand la nuit sous ses voiles Fait fuir la blanche lune ou trembler les étoiles, Je viens , triste , évoquer tes fastes devant moi ; Et d'un œil enflammé dévofàrit ton histoire, Prendre, convive obscur, ma )3art de tant de gloire, • Gomme un pâtre au banquet d'un Roi I
Que de fois j'ai cru voir, ô Colonne française, Ton airain ennemi rugir (dans la fournaise!
Que de fois ; rahimarit tes combattants épars , Heurtant sur* tes parais teurs armée dérouillées ,
J'ai ressii&éfoé <ces< mètèes
Qui t'assiègent J de toutes par**!
Jamais, ô monument, même ivres de leur nombre, Les étrangers sans peur n'ont passé sous ton ombre. Leurs pas n'ébranlent point ton bronze souverain. Quand le sort une fois les poussa vers nos rives, Ils n'osaient étaler leurs parades oisives Devant tes batailles d'airain 1
II i
Mais quoi ! n'entends-je point, avec de sourds murmures, ' De ta base à ton front bruire les armures ? 1
Colonne! il m'a semblé qu'éblouissant mes yeux, Tes bataillons cuivrés cherchaient à redescendre.... Que tes demi-dieux , noirs d'une héroïque cendre , Interrompaient soudain leur marche vers les cieux!
Leur voix mêlait des noms à leur vieille devise •
« Tarent* , Reggio , Dalmatie et Trévise ! »
Et leurs aigles , sortant de leur puissant sommeil , ' <
Suivaient d'un bec ardent cette aigle à double tête ,
Dont l'œil , ami de l'ombre où son essor s'arrête ,
Se baisse à leur regard , comme aux feux du soleil !
Qu'est-ce donc ? — Et pourquoi , bronze envié de Rome, Vois-je tes légions frémir comme un seul homme? Quel impossible outrage à ta hauteur atteint ? Qui donc a réveillé ces ombres immortelles , Ces aigles qui , battant ta base de leurs ailes, Dans leur ongle captif pressent leur foudre éteint ?
Je comprends : — l'étranger, qui nous croit sans mémoire, Veut, feuillet par feuillet, déchirer notre histoire , Écrite avec du sang, à la pointe du fer. — Ose-t-il, imprudent! heurter tant de trophées?