LIVRE III, ODE VII
De ce bronze , forgé de foudres étouffées , Chaque étincelle est un éclair !
Est-ce Napoléon qu'il frappe en notre armée?
Veut-il , de cette gloire en tant de lieux semée , Disputer l'héritage à nos vieux généraux?
Pour un fardeau pareil il a la main débile :
L'empire d'Alexandre et les armes d'Achille Ne se partagent qu'aux héros.
Mais non : l'Autrichien, dans sa fierté qu'il dompte , Est content , si leurs noms ne disent que sa honte. 11 fait de sa défaite un titre à nos guerriers. Et craignant des vainqueurs moins que des feudataires, Il pardonne aux fleurons de nos ducs militaires , Si ce ne sont que des lauriers.
Bronze! il n'a donc jamais, fier pour une victoire, Subi de tes splendeurs l'aspect expiatoire ?
D'où vient tant de courage à cet audacieux ?
Croit-il impunément toucher à nos annales ?
Et comment, donc lit-il ces pages triomphales Que tu déroules dans les cieux?
Est ce un langage obscur à ses regards timides? Eh! qu'il s'en fasse instruire au pied des Pyramides, A Vienne, au vieux Kremlin, au morne Escurial 1 Qu'il en parle à ces rois , cour dorée et nombreuse , Qui naguère peuplait d'une tente poudreuse Le vestibule impérial !
A quoi pense-t-il donc , l'étranger qui nous brave? N'avions-nous pas hier l'Europe pour esclave ? Nous, subir de son joug l'indigne talion!
Non! au champ du combat nous pouvons reparaître. On nous a mutilés ; mais le temps a peut-être Fait croître l'ongle du lion.
De quel droit viennent-ils découronner nos gloires?
Les Bourbons ont toujours adopté des victoires.
Nos Rois t'ont défendu d'un ennemi tremblant,
Trophée ! à leurs pieds tes palmes se déposent $ Et si «tes quatre aigles reposent, C'est à l'ombre du drapeau blanc*
Quoi ! le globe est ému de volcans électriques ; Derrière l'Océan grondent les Amériques ; Stamboul rugit ; Hellé remonte aux jours anciens ; Lisbonne se débat aux mains de l'Angleterre.... Seul , le vieux peuple franc s'indigne que la terre Tremble à d'autres pas que les siens!
Prenez garde, étrangers : — nous ne savons que faire ! La paix nous berce en vain dans son oisive sphère, L'arène de la guerre a pour nous tant d'attrakî Nous froissons dans nos mains, hélas! inoccupées,
Des lyres, à défaut d'épées!
Nous chantons, comme on combattrait!
Prenez garde ! — La France , où grandit un autre âge , N'est pas si morte encor qu'elle souffre un outrage !