A RAMO>\ DUC DE BENAV
Passez, je dois vivre isolé; Vos toîx ne sont qu'un bruit sonore; Passez tous! j'aime mieux encore Souffrir que d'être consolé !
» Je n'appartiens pins à la vie.
Qu'importe si parfois mes yeux , Soit qu'on me plaigne ou qu'on m'envie , Lancent un feu sombre ou joyeux !
Qu'importe, quand la coupe est ride, Que ses bords , sur la lèvre avide , Laissent encore un goût amer !
À-t-il vaincu le flot qui gronde, Le vaisseau qui , perdu sous Tonde, Lève encor son mât sur la mer?
» Qu'importe mon deuil solitaire?
D'autres coulent des jours meilleurs.
Qu'est-ce que le bruit de la terre?
Un concert de ris et de pleura.
Je veux , comme tous les fils d'Eve , Sans qu'une autre main le soulève , Porter mon fardeau jusqu'au soir ; A la foule qui passe et tombe Qu'importe au seuil de quelle tombe Mon ombre un jour ira s'asseoir ! »
Ainsi , quand tout bas tu soupires , De ton cœur partent des sanglots , Comme un son s'échappe des lyres , Comme un murmure sort des flots !
Va , ton infortune est ta gloire !
Les fronts marqués par la victoire Ne se couronnent pas de fleurs.
De ton sein la joie est bannie ; Mais tu sais bien que le génie Prélude à ses chants par des pleurs ,
Comme un soc de fer, dès l'aurore , Fouille le sol de son tranchant ,
Et TouYre , et le sillonne encore , Aux derniers rayons du couchant; Sur chaque heure qui t'est donnée, Revient l'infortune acharnée, Infatigable à t'obséder ; Mais si de son glaive de flamme Le malheur déchire ton âme.
Ami , c'est pour la féconder 1
Novembre 1825.