‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 102 sur 142 · A RAMON · texte numérisé non relu

A RAMON

DUC DE BENAV.

Por la boca de su herida.

Guillbn de Castro.

Hélas ! j'ai compris ton sourire.

Semblable au ris du condamné.

Quand le mot qui doit le proscrire A son oreille a résonné !

En pressant ta main convulsive , J'ai compris ta douleur pensive Et ton regard morne et profond , Qui, pareil à l'éclair des nues, Brille sur des mers inconnues , Mais ne peut en montrer le fond.

a Pourquoi faut-il donc qu'on me plaigne,

M'as-tu dit, je n'ai pas gémi?

Jamais de mes pleurs je ne baigne

La main d'un frère ou d'un ami !

Je n'en ai pas 1 puisqu'à ma vie

La joie est pour toujours ravie ,

Qu'on m'épargne au moins la pitié !

Je paye assez mon infortune

Pour que nulle voix importune

N'ose en réclamer la moitié !

» D'ailleurs , vaut-elle tant de larmes?

Appelle-t-on cela malheur ? — Oui ! ce qui pour l'homme a des charmes Pour moi n'a qu'ennuis et douleur; Sur mon passé rien ne surnage Des vains rêves de mon jeune âge, Que le sort chaque jour dément ; L'amour éteint pour moi sa flamme ; Et jamais la voix d'une femme Ne dira mon nom doucement !

» Jamais d'enfants! jamais d'épouse !

Nul cœur près du mien n'a battu ;

Jamais une bouche jalouse

Ne m'a demandé : « D'où viens-tu ? »

Point d'espérance qui me reste !

Mon avenir sombre et funeste

Ne m'offre que des jours mauvais ;

Dans cet horizon de ténèbres ,

Ont passé vingt spectres funèbres,

Jamais l'ombre que je révais!

» Ma tête ne s'est point courbée ; Mais la main du sort ennemi Est plus lourdement retombée Sur mon front toujours raffermi.

A la jeunesse qui s'envole , A la gloire, au plaisir frivole, J'ai dit l'adieu fier de Caton.

Toutes fleurs pour moi sont fanées ; Mais c'est l'ordre des destinées , Et si je souffre , qu'en sait-on !

» Esclaves d'une loi fatale , Sachons taire les maux soufferts.

Pourquoi veux-tu donc que j'étale La meurtrissure de mes fers ?

Aux yeux que la misère effraie Qu'importe ma secrète plaie?

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