‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 106 sur 142 · LA COMTESSE A. H · texte numérisé non relu

LA COMTESSE A. H

Sur ma lyre, l'autre fois,

Dans un bois Ma main préludait à peine, Une colombe descend

En passant, Blanche sur le luth d ebène.

Mais au lieu d'accords touchants,

De doux chants, La colombe gémissante Me demande par pitié

Sa moitié, Sa moitié loin d'elle absente.

Sainte-Beuve,

Oh! quel que soit le rêve, ou paisible ou joyeux , Qui dans l'ombre à cette heure illumine tes yeux ,

C'est le bonheur qu'il te signale ; Loin des bras d'un époux qui n'est encor qu'amant , Dors tranquille, ma sœur! passe-la doucement,

Ta dernière nuit virginale !

Dors : nous prirons pour toi jusqu'à ce beau matin! Tu devais être à nous , et c'était ton destin ,

Et rien ne pouvait t'y soustraire.

Oui, la voix de l'autel Ta te nommer ma sœur; Mais ce n'est que l'écho d'une voix de mon cœur

Qui déjà me nommait ton frère.

Dors, cette nuit encor, d'un sommeil pur et doux! Demain serments , transports, caresses d'un époux ,

Festins que la joie environne , Et soupirs inquiets dans ton sein renaissant, Quand une main fera de ton front rougissant

Tomber la tremblante couronne !

Ah ! puisse dès demain se lever sur tes jours Un bonheur qui jamais ne s'éclipse , et toujours

Brille , plus beau qu'un rêve même !

Vers le ciel étoile laisse monter nos vœux.

Dors en paix cette nuit où nous veillons tous deux ,

Moi qui te chante f et lui qui t'aime t

Décembre 1827.

L'aubépine et l'églantin,

Et le thym, L'œillet, le lis et les roses, En cette belle saison,

A. foison Montrent leurs robes écloscs.

Le gentil rossignolet»

Doucelet, Découpe» dessous l'ombrage, Mille fredons babillards,

Frétillards, Aux doux sons de son ramage.

Rémi Belleau.

Que la soirée est fraîche et douce !

Oh ! viens , il a plu ce matin ; Les humides tapis de mousse Verdissent tes pieds de satin.

ODE VÏNGT-QUÀTRIÊME. 219

L'oiseau vole sous les feuillées ,

Secouant ses ailes mouillées,

Pauvre oiseau que le ciel bénit!

11 écoute le vent bruire ,

Chante, et voit des gouttes d'eau luire ,

Comme des perles , dans son nid.

La pluie a versé ses ondées ; Le ciel reprend son bleu changeant; Les terres luisent fécondées Comme sous un réseau d'argent.

Le petit ruisseau de la plaine , Pour une heure enflé, roule et tratne Brins d'herbe , lézards endormis , Court , et précipitant son onde Du haut d'un caillou qu'il inonde , Fait des Niagaras aux fourmis !

Tourbillonnant dans ce déluge, Des insectes sans avirons Voguent pressés, frêle refuge! Sur des ailes de moucherons; D'autres pendent , comme à des Iles , A des feuilles, errants asiles; Heureux, dans leur adversité, Si , perçant les flots de sa cime , Une paille au bord de l'abîme Retient leur flottante cité!

Les courants ont lavé le sable;

Au soleil montent les vapeurs,

Et l'horizon insaisissable

Tremble et fuit sous leurs plis trompeurs.

On voit seulement sous leurs voiles ,

Comme d'incertaines étoiles,

Des points lumineux scintiller,

Et les monts, de la brume enfuie,

Sortir, et , ruisselant de pluie ,

Les toits d'ardoise éf inceler.

Viens errer dans la plaine humide, A cette heure nous serons seuls.

Mets sur mon bras ton bras timide , Viens , nous prendrons par les tilleuls.

Le soleil rougissant décline :

Avant de quitter la colline , Tourne un moment tes yeux pour voir, Avec ses palais, ses chaumières, Rayonnants des mêmes lumières , La ville d'or sur le ciel noir.

Oh ! vois voltiger les fumées Sur les toits de brouillard baignés! Là sont des épouses aimées , Là des cœurs doux et résignés La vie , hélas! dont on s'ennuie , C'est le soleil après la pluie. — Le voilà qui baisse toujours!

De la ville que ses feux noient , Toutes les fenêtres flamboient Comme des yeux au front des tours.

L'arc-en-ciel! l'arc-en-ciel ! Regarda. - Comme il s'arrondit pur dans l'air!

Quel trésor le Dieu bon nous garde Après le tonnerre et l'éclair !

Que de fois , sphères éternelles , Mon âme a demandé ses ailes , Implorant quelque Ithuriel , Hélas ! pour savoir à quel monde Mène cette courbe profonde , Arche immense d'un pont du ciel !

Juin 1828.

ODE VINGT-CINQCIÈME. 2îl

En la amena soledad de aquesta apacible estancia, bellisimo laberinto de arboles, flores, y plantas.

Podeis désarme, de xando conmigo, que ellos me bastan por compania, los libres que os mande sacar de casa ; que yo, en tanto que Àntioquia célébra con fiestas tantas la fabrica de esse templo, que oy à Jupiter consagra,

huyendo del gran bullicio, que hay en sus calles, y plazas, passar estudiando quiero la edad que al dia le falta.

Cald^ron. El Mhgico prodigioso.

Amis , loin de la ville, Loin des palais de roi, Loin de la cour servile, Loin de la foule vile, Trouvez-moi, trouvez-moi,

Aux champs où l'âme oisive Se recueille en rêvant, Sur une obscure rive Où du monde n'arrive Ni le flot ni le vent,

Quelque asile sauvage, Quelque abri d'autrefois, Un port sur le rivage , Un nid sous le feuillage, Un manoir dans les bois !

Trouvez-le-moi bien sombre , Bien calme , bien dormant , Couvert d'arbres sans nombre , Dans le silence et l'ombre Caché profondément!

Que là, sur toute chose, Fidèle a ceux qui m'ont , Mon vers plane» et se pose Tantôt sur une rose , Tantôt sur un grand mont.

Qu'il puisse avec audace, De tout nœud détaché, D'un vol que rien ne lasse , S'égarer dans l'espace Comme un oiseau lâché.

Qu'un songe au ciel m'enlève , Que, plein d'ombre et d'amour, Jamais il ne s'achève , Et que la nuit je rêve A mon rêve du jour l

Aussi blanc que la voile Qu'à l'horizon je voi, Qu'il recèle une étoile Et qu'il soit comme un voile Entre la vie et moi !

Que la mjise qui plonge En ma nuit pour briller Le dore et le prolonge, Et de l'éternel songe Craigne de m'éveiller!

Que toutes mes pensées Viennent s'y déployer, Et s'asseoir, empressées.

Se tenant embrassées , En cercle à mon foyer.

Qu'à mon rêve enchaînées , Toutes, l'œil triomphant, Le bercent inclinées , Comme des sœurs aînées Bercent leur frère enfant!

On croit sur la falaise, On croit dans les forêts ,.

Tant on respire à l'aise, Et tant rien ne nous pèse , Voir le ciel de plus près !

Là tout est comme un rêve ; Chaque voix a des mots; Tout parle, un chant s'élève De l'onde sur la grève, De l'air dans les rameaux.

C'est une voix profonde , Un chœur universel, C'est le globe qui gronde, C'est le roulis du monde Sur l'océan du ciel.

C'est l'écho magnifique Des Toix de Jéhova , C'est l'hymne séraphique Du monde pacifique Où Ta ce qui s'en va;

Où , sourde aux cris de femmes , Aux plaintes, aux sanglots, L'âme se mêle aux âmes, Comme la flamme aux flammes, Comme le flot aux flots !

Ce bruit vaste, à toute heure, On l'entend au désert.

Paris , folle demeure , Pour cette voix qui pleure Nous donne un vain concert.

Oh! la Bretagne antique!

Quelque roc écumant!

Dans la forêt celtique Quelque donjon gothique !

Pourvu que seulement

La tour hospitalière Où je pendrai mon nid Ait, vieille chevalière, Un panache de lierre Sur son front de granit !

Pourvu que , blasonnée D'un écusson altier, La haute cheminée, Béante, illuminée, Dévore un chêne entier!

Que , Tété la charmille Me dérobe un ciel bleu ; Que , l'hiver, ma famille , Dans l'àtre assise , brille Toute rouge au grand feu ?

Dans les bois, mes royaumes,

Si le soir l'air bruit ,

Qu'il semble , à Toir leurs dômes ,

Des têtes de fantômes

Se heurtant dans la nuit !

Que des vierges , abeilles Dont les cieux sont remplis , Viennent sur moi , vermeilles , Secouer dans mes veilles Leur robe à mille plis !

Qu'avec des voix plaintives Les ombres des héros Repassent fugitives, Blanches sous mes ogives , Sombres sous mes vitraux !

Si ma muse envolée Porte son nid si cher Et sa famille ailée Dans la salle écroulée D'un vieux baron dd fer ;

C'est que j'aime ces âges Plus beaux, sinon meilleurs, Que nos siècles plus sages; A leurs débris sauvages Je m'attache, et d'ailleurs

L'hirondelle enlevée Par son vol sur la tour, Parfois, des vents sauvée, Choisit pour sa couvée Un vieux nid de vautour.

Sa famille humble et douce , Souvent , en se jouant , Du bec remue et pousse , Tout brisé sur la mousse , L'œuf de l'oiseau géant.

Dans les armes antiques Mes vers ainsi joûront , Et, remuant des piques, Riront, nains fantastiques, De grands casques au front !

Ainsi noués en gerbe , Reverdiront mes jours Dans le donjon superbe , Comme une touffe d'herbe Dans les brèches des tours.

Mais, donjon ou chaumière, Du monde délié , Je vivrai de lumière , D'extase et de prière , Oubliant, oublié.

Juin 1828.

Renouvelons aussi Toute vieille pensée.

Joachin du Bellay.

Page 1