‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 108 sur 142 · U>E FÉE · texte numérisé non relu

U>E FÉE

Et qui veut que ma main sévère Joigne la harpe du trouvère Au gantelet du chevalier.

Dans le désert qui me réclame , Cachée en tout ce que je vois , C'est elle qui fait pour mon âme De chaque rayon une flamme Et de chaque bruit une voix ,

Elle , — qui , dans l'onde agitée , Murmure en sortant du rocher ; Et , de me plaire tourmentée , Suspend la cigogne argentée Au faîte aigu du noir clocher ;

Quand l'hiver, mon foyer pétille , C'est elle qui vient s'y tapir, Et me montre , au ciel qui scintille , L'étoile qui s'éteint et brille , Comme un œil prêt à s'assoupir;

Qui , lorSqu'en des manoirs sauvages J'erre, cherchant nos vieux berceaux, M'environnant de mille images , Comme un bruit du torrent des âges, Fait mugir l'air sous les arceaux ;

Elle, — qui, la nuit, quand je veille, M'apporte de confus abois , Et, pour endormir mon oreille , Dans le calme du soir, éveille Un cor lointain au fond des bois !

Que ce soit Urgèle ou Morgane , J'aime, en un rêve sans effroi , Qu'une fée , au corps diaphane , Ainsi qu'une fleur qui se fane , Vienne pencher son front sur moi !

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