U>E FÉE
Et qui veut que ma main sévère Joigne la harpe du trouvère Au gantelet du chevalier.
Dans le désert qui me réclame , Cachée en tout ce que je vois , C'est elle qui fait pour mon âme De chaque rayon une flamme Et de chaque bruit une voix ,
Elle , — qui , dans l'onde agitée , Murmure en sortant du rocher ; Et , de me plaire tourmentée , Suspend la cigogne argentée Au faîte aigu du noir clocher ;
Quand l'hiver, mon foyer pétille , C'est elle qui vient s'y tapir, Et me montre , au ciel qui scintille , L'étoile qui s'éteint et brille , Comme un œil prêt à s'assoupir;
Qui , lorSqu'en des manoirs sauvages J'erre, cherchant nos vieux berceaux, M'environnant de mille images , Comme un bruit du torrent des âges, Fait mugir l'air sous les arceaux ;
Elle, — qui, la nuit, quand je veille, M'apporte de confus abois , Et, pour endormir mon oreille , Dans le calme du soir, éveille Un cor lointain au fond des bois !
Que ce soit Urgèle ou Morgane , J'aime, en un rêve sans effroi , Qu'une fée , au corps diaphane , Ainsi qu'une fleur qui se fane , Vienne pencher son front sur moi !