‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 11 sur 142 · M. LA STATUE DE HENRI IV · texte numérisé non relu

M. LA STATUE DE HENRI IV

Ont-ils donc prétendu, dans leur esprit superbe, Qu'un bronze inanimé dût les rendre immortels? Demain le temps peut-être aura caché sous l'herbe

Leurs imaginaires autels.

Le proscrit à son tour peut remplacer l'idole ;

Des piédestaux du Capitole

Sylla détrône Mari us.

Aux outrages du sort insensé qui s'oppose !

Le sage , de l'affront dont frémit Théodose ,

Sourit avec Démétrius.

D'un héros toutefois l'image auguste et chère (

Hérite du respect qui payait ses vertus : <

Trajan domine encor les champs que de Tibère I

Couvrent (es temples abattus.

Souvent , lorsqu'en l'horreur des discordes civiles

La terreur planait sur les villes,

Aux cris des peuples révoltés , Un héros , respirant dans le marbre immobile , j

Arrêtait tout à coup par son regard tranquille

Les factieux épouvantés !

Eh quoi ! sont-ils donc loin , ces jours de notre histoire Où Paris sur son prince osa lever son bras; Où l'aspect de Henri, ses vertus, sa mémoire,

JN'ont pu désarmer les ingrats?

Que dis-je? ils ont détruit sa statue adorée.

Hélas ! cette horde égarée

Mutilait l'airain renversé ; Et cependant, des morts souillant le saint asile , Leur sacrilège main demandait à l'argile

L'empreinte de son front glacé !

Voulaient-ils donc jouir d'un portrait plus fidèle Du héros dont leur haine a payé les bienfaits ? Voulaient-ils, réprouvant leur fureur criminelle , I.e rendre à nos yeux satisfaits?

>ou ; mais c'était trop peu de briser son imago :

Ils venaient encor, dans leur rage ,

Briser son cercueil outragé.

Tel , troublant le désert d'un rugissement sombre , Le tigre en se jouant cherche à dévorer l'ombre

Du cadavre qu'il a rongé.

Assis près de la Seine , en mes douleurs amères ,

Je me disais : « La Seine arrose encore Ivry,

Et les flots sont passés où , du temps de nos pères ,

Se peignaient les traits de Henri.

Nous ne verrons jamais l'image vénérée

D'un roi qu'à la France éplorée

Enleva sitôt le trépas; Sans saluer Henri nous irons aux batailles , Et l'étranger viendra chercher dans nos mu railles

Un héros qu'il n'y verra pas! »

in

Où courez-vous? — Quel bruit liait, s'élève et s'avancr? Qui porte ces drapeaux, signe heureux de nos rois? Dieu ! quelle masse au loin semble, en sa marche immense ,

Broyer la terre sous son poids?

Répondez.... Ciel! c'est lui! je vois sa noble tête....

Le peuple, lier de sa conquête ,

Répète en chœur son nom chéri.

O ma lyre , tais-toi dans la publique ivresse ; Que seraient tes concerts près des chants d'allégresse

De la France aux pieds de Henri?

Par mille bras traîné, le lourd colosse roulé. Ah ! volons, joignons-nous à ces efforts pieux. Qu'importe si mon bras est perdu dans la foule !

Henri me voit du haut des cieux.

Tout un peuple a voué ce bronzé à ta mémoire j

O chevalier, rival en gloire

îU LA STATUE DL HKNH1 IV.

Des Bavard et des Duguesclin!

De l'amour des Français reçois la noble preuve , Nous devons ta statue au denier de la vein e ,

A l'obole de l'orphelin.

.N'en doutez pas : l'aspect de cette image auguste

Rendra nos maux moins grands, notre bonheur plus doux,

O Français ! louez Dieu ; vous voyez un Roi juste ,

Un Français de plus parmi vous.

Désormais, dans ses yeux, en volant à la gloire,

Nous viendrons puiser la victoire;

Henri recevra notre loi ; Et quand on parlera de ses vertus si chères , Nos enfants n'iront pas demander à nos pères ,

Comment souriait le bon Roi î

Jeunes amis, dansez autour de cette enceinte; Mêlez vos pas joyeux, mêlez vos heureux chants» Henri , car sa bonté dans ses traits est empreinte ,

Bénira >os transports touchants.

Près des vains monuments que des t\rans s'élèvent ,

Qu'après de longs siècles achèvent

Les travaux d'un peuple opprimé, Qu'il est beau cet airain où d'un Roi tutélahe La France aime à revoir le geste populaire

Et le regard accoutumé !

Que le fier conquérant de la Perse avilie , Las de léguer ses traits à de frêles métaux , Menace, dans l'accès de sa vaste folie,

D'imposer sa forme à l'Allios; Qu'un Pharaon cruel, superbe en sa démence.

Couvre d'un obélisque immense

Le grand néant de son cercueil ; Son nom meurt , et bientôt l'ombre des l^ramidc* , Pour l'étranger, perdu dans ces plaines arides,

Kst le seul bienfait de l'orgueil !

ObE SEPTIEME.

Un jour (mais repoussons tout présage funeste! , Si des ans ou du sort les coups encor vainqueurs Brisaient de notre amour le monument modeste ,

Henri ! tu vivrais dans nos cœurs ; Cependant que du Sil les montagnes altières,

Cachant ceiit royales poussières ,

Du monde inutile fardeau , Pu temps et de la mort attestent le passage , Et ne sont déjà plus à l'œil ému du sage

Que la ruine d'un tombeau.

J ; t>\rier l»xU.

LA MOK T

DUC DE-BERKY.

Le Meurtre d'une main violente brise les liens

les plus sacrés,

La Mort vient enlever le jeune homme florissant,

et le Malheur s'approche comme un ennemi ruse

au milieu des jours de fête.

Schiller.

Modérons les transports d'une ivresse insensée ; Le passage est bien court de la joie aux douleurs; La mort aime à poser sa main lourde et glacée

Sur des fronts couronnés de fleurs.

Demain, souillés de cendre, humbles, courbant nos télés

Le vain souvenir de nos fêtes

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