‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 12 sur 142 · H LA MOKT Dl' Dl C DE BERRY · texte numérisé non relu

H LA MOKT Dl' Dl C DE BERRY

A condamné son triste époux.

Assistez-le, Madame, en ce moment horrible; |

Les soins cruels de l'art le rendront plus terrible ,

Les vôtres le rendront plus doux. 1

Monarque en cheveux blancs, hâte-toi , le temps presse; '.

L'n Bourbon va rentrer au sein de ses aïeux ; Viens, accours vers ce fils, l'espoir de ta vieillesse .

Car ta main doit fermer ses yeux ; Il a béni sa tille, à son amour ravie;

Puis, des vanités de sa vie

11 proclame un noble abandon; Vivant, il pardonna ses maux à la patrie; Kt son dernier soupir, digne du Dieu qu'il prie ,

Est encore un cri de pardon.

Mort sublime ! ô regrets! vois sa grande âme, et pleure;

Porte au ciel tes clameurs, ô peuple désolé.

Tu l'as trop peu connu : c'est à sa dernière heure

Que le héros s'est révélé.

Pour consoler la Veuve, apportez l'Orpheline ;

Donnez sa fille à Caroline,

La nature encore a ses droits.

Mais , quand périt l'espoir d'une tige féconde, Qui pourra consoler dans sa terreur profonde,

La France veuve de ses rois ?

A l'horrible récit , quels cris expiatoires

Vont pousser nos guerriers, fameux par leur valeur!

L'Europe, qu'ébranlait le bruit de leurs victoires,

Va retentir de leur douleur.

Mais toi, que diras-tu, chère et noble Vendée?

Si long- temps de sang inondée ,

Tes regrets seront superflus !

Et tu seras semblable à la mère accablée , Qui s'assied sur sa couche et pleure inconsolée,

Parce que son enfant n'est plus!

Bientôt vers Saint-Denis, désertant nos murailles , Au bruit sourd des clairons, peuple, prêtres, soldats,

Nous suivrons à pas. lents le char des funérailles,

Entouré des chars des combats.

Hélas! jadis souillé par des mains téméraires,

Saint Denis , où donnaient ses pères ,

A vu déjà bien des forfaits ; Du moins , puisse , à l'abri des complots parricides , Sous ces murs profanés, parmi ces tombes vides,

Sa cendre reposer en paix !

D'Enghien s'étonnera , dans les célestes sphères #

De voir sitôt l'ami cher à ses jeunes ans ,

A qui le vieux Condé, prêt à quitter nos terres,

Léguait ses devoirs bienfaisants.

A l'aspect de Berry, leur dernière espérance,

Des rois que révère la France

Les ombres frémiront d'effroi ; Deux héros gémiront sur leurs races éteintes , Et le vainqueur d'Ivry viendra mêler ses plaintes

Aux pleurs du vainqueur de Rocroy.

Ainsi, Bourbon, au bruit du forfait sanguinaire,

On te vit vers d'Artois accourir désolé;

Car tu savais les maux que laisse au cœur d'un père

Un fils avant l'âge immolé.

Mais bientôt, chancelant dans ta marche incertaine,

L'affreux souvenir de Vincenne

Vint s'offrir à tes sens glacés ; Tu pâlis; et d'Artois, dans la douleur commune, Sembla presque oublier sa récente infortune ,

Pour plaindre tes revers passés.

Et toi, veuve éplorée, au milieu de l'orage, Attends des jours plus doux, espère un sort meilleur; Prends ta sœur pour moilèle, et puisse ton courage

Être aussi grand que ton malheur!

Tu porteras comme elle une urne funéraire;

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