H LA MOKT Dl' Dl C DE BERRY
A condamné son triste époux.
Assistez-le, Madame, en ce moment horrible; |
Les soins cruels de l'art le rendront plus terrible ,
Les vôtres le rendront plus doux. 1
Monarque en cheveux blancs, hâte-toi , le temps presse; '.
L'n Bourbon va rentrer au sein de ses aïeux ; Viens, accours vers ce fils, l'espoir de ta vieillesse .
Car ta main doit fermer ses yeux ; Il a béni sa tille, à son amour ravie;
Puis, des vanités de sa vie
11 proclame un noble abandon; Vivant, il pardonna ses maux à la patrie; Kt son dernier soupir, digne du Dieu qu'il prie ,
Est encore un cri de pardon.
Mort sublime ! ô regrets! vois sa grande âme, et pleure;
Porte au ciel tes clameurs, ô peuple désolé.
Tu l'as trop peu connu : c'est à sa dernière heure
Que le héros s'est révélé.
Pour consoler la Veuve, apportez l'Orpheline ;
Donnez sa fille à Caroline,
La nature encore a ses droits.
Mais , quand périt l'espoir d'une tige féconde, Qui pourra consoler dans sa terreur profonde,
La France veuve de ses rois ?
A l'horrible récit , quels cris expiatoires
Vont pousser nos guerriers, fameux par leur valeur!
L'Europe, qu'ébranlait le bruit de leurs victoires,
Va retentir de leur douleur.
Mais toi, que diras-tu, chère et noble Vendée?
Si long- temps de sang inondée ,
Tes regrets seront superflus !
Et tu seras semblable à la mère accablée , Qui s'assied sur sa couche et pleure inconsolée,
Parce que son enfant n'est plus!
Bientôt vers Saint-Denis, désertant nos murailles , Au bruit sourd des clairons, peuple, prêtres, soldats,
Nous suivrons à pas. lents le char des funérailles,
Entouré des chars des combats.
Hélas! jadis souillé par des mains téméraires,
Saint Denis , où donnaient ses pères ,
A vu déjà bien des forfaits ; Du moins , puisse , à l'abri des complots parricides , Sous ces murs profanés, parmi ces tombes vides,
Sa cendre reposer en paix !
D'Enghien s'étonnera , dans les célestes sphères #
De voir sitôt l'ami cher à ses jeunes ans ,
A qui le vieux Condé, prêt à quitter nos terres,
Léguait ses devoirs bienfaisants.
A l'aspect de Berry, leur dernière espérance,
Des rois que révère la France
Les ombres frémiront d'effroi ; Deux héros gémiront sur leurs races éteintes , Et le vainqueur d'Ivry viendra mêler ses plaintes
Aux pleurs du vainqueur de Rocroy.
Ainsi, Bourbon, au bruit du forfait sanguinaire,
On te vit vers d'Artois accourir désolé;
Car tu savais les maux que laisse au cœur d'un père
Un fils avant l'âge immolé.
Mais bientôt, chancelant dans ta marche incertaine,
L'affreux souvenir de Vincenne
Vint s'offrir à tes sens glacés ; Tu pâlis; et d'Artois, dans la douleur commune, Sembla presque oublier sa récente infortune ,
Pour plaindre tes revers passés.
Et toi, veuve éplorée, au milieu de l'orage, Attends des jours plus doux, espère un sort meilleur; Prends ta sœur pour moilèle, et puisse ton courage
Être aussi grand que ton malheur!
Tu porteras comme elle une urne funéraire;