A UN PASSANT
Au soleil couchant Main voleur te suit ;
Toi qui vas cherchant La chose est, la nuit,
Fortune, Commune,
Prends garde de choir : Les dames des bois
La terre , le soir, Nous gardent parfois
Est brune. Rancune.
L'Océan trompeur Elles vont errer :
Couvre de vapeur Crains d'en rencontrer
La dune- Quelqu'une,
Vois ; à l'horizon, Les lutins de l'air
Aucune maison ! Vont danser au clair
Aucune ! De lune, La Chanson du Fou.
Voyageur qui, la nuit, sur le pavé sonore De ton chien inquiet passes accompagné, Après le jour brûlant, pourquoi marcher encore? Où mènes-tu si tard ton cheval résigné?
La nuitl — Ne crains-tu pas d'entrevoir la stature Du brigand dont un sabre a chargé la ceinture?
JULLADE DIXIEME. 253
Ou qu'un de ces vieux loups près des routes rodants , Qui du fer des coursiers méprisent l'étincelle , D'un bond brusque et soudain s'attachant à ta selle, Ne mêle à ton sang noir l'écume de ses dents?
Ne crains-tu pas surtout qu'un follet à cette heure N'allonge sous tes pas le chemin qui te leurre , Et ne te fasse, hélas! ainsi qu'aux anciens jours, Rêvant quelque logis dont la vitre scintille, Et le faisan doré par l'àtre qui pétille , Marcher vers des clartés qui reculent toujours ?
Crains d'aborder la plaine où le sabbat s'assemble , Où les démons hurlants viennent danser ensemble ; Ces murs maudits par Dieu, par Satan profanés, Ce magique château dont l'enfer sait l'histoire , Et qui , désert le jour, quand tombe la nuit noire Enflamme ses vitraux dans l'ombre illuminés !
Voyageur isolé, qui t'éloignes si vite, De ton chien inquiet la nuit accompagné , Après le jour brûlant, quand le repos t'invite, Où mènes-tu si tard ton cheval résigné ?
Octobre 1825.