‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 121 sur 142 · DU BURGRAVE · texte numérisé non relu

DU BURGRAVE

Un vieux faune en riait dans sa grotte saiiYagt. Segrms.

« Daigne protéger notre chasse,

» Chasse » De monseigneur saint Godefroi ,

» Roi !

» Si tu fais ce que je désire ,

» Sire, » Nous t'édiflrons un tombeau ,

» Beau;

» Puis je te donne un cor d'ivoire ;

» Voire » Un dais neuf à pans de velours ,

» Lourds,

» Avec dix chandelles de cire ,

«frire!

» Donc te prions à deux genoux ,

» Nous,

» Nous qui , né de bons gentilshommes ,

» Sommes » Le seigneur burgrave Alexis

» Six! » —

Voilà ce que dit le burgrave ,

Grave , Au tombeau de saint Godefroid ,

Froid.

— » Mon page , emplis mon escarcelle , ■

» Selle » Mon cheval de Calatrava; » Va !

» Piqueur, va convier le comte.

» Conte » Que ma meute aboie en mes cours.

» Cours !

» Archers, mes compagnons de fêtes,

» Faites » Votre épieu lisse et vos cornets

» Nets.

» Nous ferons ce soir une chère

» Chère; » Vous n'y recevrez , mattre-qneux ,

» Qu'eux.

» En chasse, amis l je vous invite.

«Vite!

» En chasse ! allons courre les cerfs,

» Serfs! »

Il part, et madame Isabelle,

Belle , Dit gaîment du haut des remparts :

— Pars !

Tous les chasseurs sont dans la plaine ,

Pleine D'ardents seigneurs , de sénéchaux

Chauds.

Ce ne sont que baillis et prêtres ,

Reîtres Qui savent traquer à pas lourds

L'ours.

• Dames en brillants équipages ,

Pages, Fauconniers, clercs, et peu bénins Nains.

En chasse î — Le maître en personne

Sonne.

Fuyez ! voici les paladins ,

Daims.

Il n'est pour vous, comte d'empire,

Pire Que le vieux burgrave Alexis

Six!

Fuyez ! — Mais un cerf dans l'espace

Passe , Et disparaît comme l'éclair,

Clair!

— « Taïaut les chiens , taïaut les hommes !

*> Sommes )> D'argent et d'or patront sa chair

» Cher!

)> Mon château pour ce cerf! — Marraine,

» Reine » Des beaux sylphes et des follets

» Laids !

» Donne-moi son bois pour trophée ,

» Fée!

» Mère du brave , et du chasseur

» Sœur!

» Tout ce qu'un prêtre à sa madone

» Donne , » Moi je te le promets ici ,

» Si

» Notre main , ta serre et sujette ,

» Jette » Ce beau cerf qui s'enfuit là-has

» Bas ! »

Du Chasseur Noir craignant l'injure ,

Jure Le vieux burgrave haletant,

Tant

Que déjà sa meute qui jappe

Happe Et fête le pauvre animal

Mal.

Il fuit. La bande malévole

Vole Sur sa trace , et par le plus court

Court.

Adieu clos , plaines diaprées ,

Prées, Vergers fleuris, jardins sablés,

Blés!

Le cerf, s'échappant de plus belle,

Bêle; Un bois à sa course est ouvert,

Vert.

25g LA CHASSE DU BlTRGftAYE.

Il entend tenir sur les traces

Races !

De chiens dont tous seriez jaloux , I

Loups ; i

Piqueurs , ardentes haqoenées , ]

Nées De ces étalons aux longs crins

Craints.

Leurs flancs, que de blancs harnais ceignent,

Saignent Des coups fréquents des éperons

Prompts.

Le cerf, que le son de la trompe

Trompe , Se jette dans le bois épais... —

Paix!

Hélas, en vain !... la meute cherche,

Cherche , Et là tu retentis encor,

Cor!

Où fuir? dans le lac ! Il s'y plonge,

Longe Le bord où maint buisson rampant

Pend.

Ah ! dans les eaux du lac agreste

Reste !

Hélas! pauvre cerf aux abois,

Bois!

Contre toi la fanfare ameute

Meute , Et veneurs sonnant du hautbois,..

Bois!

Les archers sournois, qui t'attendent,

Tendent Leurs arcs dans l'épaisseur du bois ! . . .

Bois!

Ils sont avides de carnage ,

Nage!

C'est ton seul espoir désormais ;

Mais

L'essaim , que sa chair palpitante

Tente, Après lui dans le lac profond

Fond.

Jl sort. — Plus d'espoir qui te leurré!

L'heure Vient où pour toi tout est fini*

Ni

Tes pieds vifs, ni saint Marc de Leyd«,

L'aide Bu cerf qu'un chien , à demi-mort ,

Mord,

Ne te sauveront des morsures ,

Sûres , Des limiers ardents de courroux ,

Roux.

Vois ces chiens qu'un serf bas et lâche

Lâche , Vois les épieux à férir prêts ,

Près !

Meurs donc ! la fanfare méchante

Chante Ta chute au milieu des clameurs.

Meurs !

Et ce soir, sur les délectables

Tables , Tu feras un excellent mets ;

Mais

On t'a vengé. — Fille d'Autriche

Triche Quand l'hymen lui donne un barbon

Bon.

Or, sans son hôte le bon comte

Compte; Il revient, quoique fatigué,

Gai.

Et tandis que ton sang ruisselle ,

Celle Qu'épousa le comte Alexis

Six,

Sur le front ridé du burgrave ,

Grave, Pauvre cerf, des rameaux aussi ;

Si

Qu'au burg, vous rentrez à la brune ,

Brune , Après un jour si hasardeux ,

Deux!

Janvier 1828

BALLADE DOUZIÈME. Ml

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