‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 27 sur 142 · LE REPAS LIBRE · texte numérisé non relu

LE REPAS LIBRE

Versant un peu de miel , Sa pitié des Martyrs ignorait l'énergie.

Et voulait consoler par une folle orgie ,

Ceux, qu'appelait le ciel.

La pourpre recevait ces convives austères :

Le falerne éc limait dans de larges cratères

Ceints de myrtes fleuris ; Le miel d'Hybla dorait les vins de Malvoisie , Et , dans les vases d'or, les parfums de l'Asie

Lavaient leurs pieds meurtris.

Tu art profond , mêlant les tributs des trois mondes , Dévastait les forêts et dépeuplait les ondes

Pour ce libre repas ; On eût dit qu'épuisant la prodigue nature , Sybaris conviait aux banquets d'Épicure

Ces. élus du trépas.

Les t'gres cependant s'agitaient dans leur chaîne : Les léopards captifs de la sanglante arène

Cherchaient le noir chemin ; Et bientôt, moins cruels que les femmes de Rome, Ces monstres s'étonnaient d'être applaudis par l'homme ,

Baignés de sang humain.

On jetait aux lions les confesseurs, les prêtres. Telle une main servile à de dédaigneux maîtres

Offre un mets savoureux.

Lorsqu'au pompeux banquet siégeait leur saint conclave , La pâle mort, debout, comme un muet esclave,

Se tenait derrière eux.

O rois , comme un festin , s'écoule votre vie. La coupe des grandeurs, que le vulgaire envie,

Brille dans votre main ; Mais , au concert joyeux de la fête éphémère , Se mêle le cri sourd du tigre populaire

Qui vous attend demain !

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