LA GUERRE D'ESPAGNE
Aussi , que de malheurs suprêmes Elle impose aux infortunés, Qui , sous le joug des diadèmes , Courbèrent leurs fronts condamnés!
Jl faut que leur cœur soit sublime.
Affrontant la foudre et l'abîme, Leur nef ne doit pas fuir recueil.
Un Roi , digne de la couronne , Ne sait pas descendre du trône , Mais il sait descendre au cercueil.
Jl faut, comme un soldat, qu'un prince a«t une épée, Il faut, des factions quand l'astre impur a lui, Que nuit et jour, bravant leur attente trompée,
Un glaive veille auprès de lui; Ou que de son année il se fasse un cortège ,
Que sou fier palais se protège
D'un camp au front étincelaut ; Car de la Royauté la Guerre est la compagne : On ne peut te briser, sceptre de Cbarlemagne ,
Sans briser le fer de Roland !
ni
Roland! — N'est-il pas vrai, noble élu de la Guerre, Que ton ombre, éveillée aux cris de nos guerriers, Aux champs de Ronce vaux lorsqu'ils passaient naguère ,
Les prit pour d'anciens chevaliers?
Car le héros, assis sur sa tombe célèbre,
Les voyait , vers les bords de l'Èbre
Déployant leur vol immortel, Du haut des monts , pareils à l'aigle ouvrant ses ailes , Secouer, pour chasser de nouveaux infidèles ,
L'éclatant cimier de Martel !
Mais un autre héros encore , Pelage , l'effroi des tyrans , Pelage , autre vainqueur du Maure , Dans les cieu\ saluait nos rangs.
Au char où notre gloire brille, 11 attelait de la Castille Le vieux lion, fier et soumis; Répétant notre cri d'alarmes , 11 mêlait sa lance à nos armes , Et sa voix nous disait : Amis !
Des pas d'un conquérant l'Espagne eftcore fumante
Pleurait, prostituée à notre Liberté,
Entre les bras sanglants de l'effroyable amante ,
Sa royale virginité.
Ce peuple altier, chargé de despotes vulgaires,
Maudissait, épuisé de guerres,
Le monstre en ses champs accouru ; Si las des vils tribuns et des tyrans serviles , Que lui-même appelait l'étranger dans ses villes,
Sans frémir d'être secouru !
Les Français sont venus : — du Rhin jusqu'au Bospliore,
Peuples de l'Aquilon , du couchant, du midi ,
Pourquoi , vous dont le front , que l'effroi trouble encore ,
Se courba sous leur pied hardi ; Nations , de la veille à leur chaîne échappées ,
Qu'on vit tomber sous leurs épées ,
Ou qui par eux avez vécu ; Empires, potentats, cités, royaumes, princes! Pourquoi , puissants États , qui fûtes nos provinces ,
Me demander s'ils ont vaincu ?
Ils ont appris à l'anarchie Ce que pèse le fer gaulois ; Mais par eux l'Espagne affranchie Ne peut rougir de leurs exploits ;
74 LA GUERRE D'ESPAGM:
Tous les peuples , que Dieu seconde , Quand l'hydre, en désastres féconde, Tourne vers eux son triple dard , Ont, ligués contre sa furie, Le temple pour même patrie , La croix pour commun étendard.
Pourtant , que désormais Madrid taise à l'histoire Des succès trop long-temps par son orgueil redits , Et le royal captif que l'ingrate victoire
Dans ses murs envoya jadis.
Cadix nous a vengéside l'affront de Pavie.
A l'ombre d'un héros ravie
La gloire a rendu tous ses droits ; Oubliant quel Français a porté ses entraves , La fière Espagne a vu si les mains de nos b rat es
Savent briser les fers des rois!
Préparez , Castillans , des fêtes solennelles ,
Des murs de Sarragosse aux Champs d'Alniouacid.
Mêlez à nos lauriers vos palmes fraternelles :
Chantez Bayard ; — chantons le Cid !
Qu'au vieil Escurial le vieux Louvre réponde ;
Qfte votre drapeau se confonde
A nos drapeaux victorieux.
Que Gadès édifie un autel sur sa plage !
Que de lui-même , aux monts d'où se leva Pelage ,
S'allume un feu mystérieux ï
Pour témoigner de leurs paroles ,
Où sont ces nouveaux Décius?
Le brasier attend les Scévoles !
Le gouffre attend les Curtius !
Quoi ! traînant leurs fronts dans la poudre >
Tous , de Bourbon qui tient la foudre,
Embrassent les sacrés genoux!... -=>
Ah ! la victoire est généreuse ,
Leur cause inique est malheureuse ; fis sont vaincus , ils sont absous !
Un Bourbon pour punir ne voudrait pas combattre. Le droit de son triomphe est toujours le pardon. Pourtant des factions que son bras vient d'abattre
11 éteint le dernier brandon. .
Oh ! à€ combien de maux , peuples, il vous délivre !
Hélas! à quels forfaits se livre
Le Monstre , à ses pieds frémissant !
Nouft qui l'avons vaincu, nous fûmes sa conquête. Nous savons , lorsque tombe une royale tête,
Combien il en coule de sang !
O nos guerriers , venez ! vos mères sont contentes ! Vos bras, terreur du monde, en deviennent l'appui. Assez on vit crouler de trônes sous vos tentes î
Relevez les rois aujourd'hui.
Die» met sur vgre char soit arche glorieuse ;
Votre tente victorieuse
Est son tabernacle immortel ; Des saintes légions votre étendard dispose ; 11 veut <fne votre casque à sa droite repose
Entre les vases de l'autel î
C'en est fait : loin de l'espérance
Chassant le crime épouvanté,
Les cieu\ commettent à la France
La garde de la Royauté.
Son génie , éclairant les trames ,
Luit comme la lampe aux sept flammes ,
Cachée aux temples du Jourdain ;
Gardien des trônes qu'il relève ,
Son glaive est le céleste glaive
Qui fia ml mie aux portes d'Eden !
N-.vembre 1823.