‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 32 sur 142 · LA GUERRE D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

LA GUERRE D'ESPAGNE

Aussi , que de malheurs suprêmes Elle impose aux infortunés, Qui , sous le joug des diadèmes , Courbèrent leurs fronts condamnés!

Jl faut que leur cœur soit sublime.

Affrontant la foudre et l'abîme, Leur nef ne doit pas fuir recueil.

Un Roi , digne de la couronne , Ne sait pas descendre du trône , Mais il sait descendre au cercueil.

Jl faut, comme un soldat, qu'un prince a«t une épée, Il faut, des factions quand l'astre impur a lui, Que nuit et jour, bravant leur attente trompée,

Un glaive veille auprès de lui; Ou que de son année il se fasse un cortège ,

Que sou fier palais se protège

D'un camp au front étincelaut ; Car de la Royauté la Guerre est la compagne : On ne peut te briser, sceptre de Cbarlemagne ,

Sans briser le fer de Roland !

ni

Roland! — N'est-il pas vrai, noble élu de la Guerre, Que ton ombre, éveillée aux cris de nos guerriers, Aux champs de Ronce vaux lorsqu'ils passaient naguère ,

Les prit pour d'anciens chevaliers?

Car le héros, assis sur sa tombe célèbre,

Les voyait , vers les bords de l'Èbre

Déployant leur vol immortel, Du haut des monts , pareils à l'aigle ouvrant ses ailes , Secouer, pour chasser de nouveaux infidèles ,

L'éclatant cimier de Martel !

Mais un autre héros encore , Pelage , l'effroi des tyrans , Pelage , autre vainqueur du Maure , Dans les cieu\ saluait nos rangs.

Au char où notre gloire brille, 11 attelait de la Castille Le vieux lion, fier et soumis; Répétant notre cri d'alarmes , 11 mêlait sa lance à nos armes , Et sa voix nous disait : Amis !

Des pas d'un conquérant l'Espagne eftcore fumante

Pleurait, prostituée à notre Liberté,

Entre les bras sanglants de l'effroyable amante ,

Sa royale virginité.

Ce peuple altier, chargé de despotes vulgaires,

Maudissait, épuisé de guerres,

Le monstre en ses champs accouru ; Si las des vils tribuns et des tyrans serviles , Que lui-même appelait l'étranger dans ses villes,

Sans frémir d'être secouru !

Les Français sont venus : — du Rhin jusqu'au Bospliore,

Peuples de l'Aquilon , du couchant, du midi ,

Pourquoi , vous dont le front , que l'effroi trouble encore ,

Se courba sous leur pied hardi ; Nations , de la veille à leur chaîne échappées ,

Qu'on vit tomber sous leurs épées ,

Ou qui par eux avez vécu ; Empires, potentats, cités, royaumes, princes! Pourquoi , puissants États , qui fûtes nos provinces ,

Me demander s'ils ont vaincu ?

Ils ont appris à l'anarchie Ce que pèse le fer gaulois ; Mais par eux l'Espagne affranchie Ne peut rougir de leurs exploits ;

74 LA GUERRE D'ESPAGM:

Tous les peuples , que Dieu seconde , Quand l'hydre, en désastres féconde, Tourne vers eux son triple dard , Ont, ligués contre sa furie, Le temple pour même patrie , La croix pour commun étendard.

Pourtant , que désormais Madrid taise à l'histoire Des succès trop long-temps par son orgueil redits , Et le royal captif que l'ingrate victoire

Dans ses murs envoya jadis.

Cadix nous a vengéside l'affront de Pavie.

A l'ombre d'un héros ravie

La gloire a rendu tous ses droits ; Oubliant quel Français a porté ses entraves , La fière Espagne a vu si les mains de nos b rat es

Savent briser les fers des rois!

Préparez , Castillans , des fêtes solennelles ,

Des murs de Sarragosse aux Champs d'Alniouacid.

Mêlez à nos lauriers vos palmes fraternelles :

Chantez Bayard ; — chantons le Cid !

Qu'au vieil Escurial le vieux Louvre réponde ;

Qfte votre drapeau se confonde

A nos drapeaux victorieux.

Que Gadès édifie un autel sur sa plage !

Que de lui-même , aux monts d'où se leva Pelage ,

S'allume un feu mystérieux ï

Pour témoigner de leurs paroles ,

Où sont ces nouveaux Décius?

Le brasier attend les Scévoles !

Le gouffre attend les Curtius !

Quoi ! traînant leurs fronts dans la poudre >

Tous , de Bourbon qui tient la foudre,

Embrassent les sacrés genoux!... -=>

Ah ! la victoire est généreuse ,

Leur cause inique est malheureuse ; fis sont vaincus , ils sont absous !

Un Bourbon pour punir ne voudrait pas combattre. Le droit de son triomphe est toujours le pardon. Pourtant des factions que son bras vient d'abattre

11 éteint le dernier brandon. .

Oh ! à€ combien de maux , peuples, il vous délivre !

Hélas! à quels forfaits se livre

Le Monstre , à ses pieds frémissant !

Nouft qui l'avons vaincu, nous fûmes sa conquête. Nous savons , lorsque tombe une royale tête,

Combien il en coule de sang !

O nos guerriers , venez ! vos mères sont contentes ! Vos bras, terreur du monde, en deviennent l'appui. Assez on vit crouler de trônes sous vos tentes î

Relevez les rois aujourd'hui.

Die» met sur vgre char soit arche glorieuse ;

Votre tente victorieuse

Est son tabernacle immortel ; Des saintes légions votre étendard dispose ; 11 veut <fne votre casque à sa droite repose

Entre les vases de l'autel î

C'en est fait : loin de l'espérance

Chassant le crime épouvanté,

Les cieu\ commettent à la France

La garde de la Royauté.

Son génie , éclairant les trames ,

Luit comme la lampe aux sept flammes ,

Cachée aux temples du Jourdain ;

Gardien des trônes qu'il relève ,

Son glaive est le céleste glaive

Qui fia ml mie aux portes d'Eden !

N-.vembre 1823.

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