‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 35 sur 142 · MORT DE MADEMOISELLE DE SOMBREUIL · texte numérisé non relu

MORT DE MADEMOISELLE DE SOMBREUIL

On dit qu'en dépouillant la vie ,

Elle parut la regretter,

Et jeta des regards d'envie

Sur les fers qu'elle allait quitter.

« — O mon Dieu ! retardez mon heure.

» Loin de la vallée où Ton pleure,*

» Suis-je digne dem'envoler?

» Ce n'est pas la mort que j'implore ,

» Seigneur ; je puis souffrir encore ,

» Et je veux encor consoler.

» Je pars : ayez pttié de ceux que j'abandonne; » Quel amour leur rendra l'amour que je leur donne? » Pourquoi du saint bonheur si tôt me couronner? » Laissez mon âme encor sur leurs maux se répandre ; » Je n'aurai plus au ciel d'opprimés à défendre , » Ni d'oppresseurs à pardonner ! »

Il faut donc que le juste meure ! — En vain , dans ses regrets nommés , Ont passé devant sa demeure Tous ses pauvres accoutumés. Maintenant , ô fils des chaumières , Payez son aumône en prières ; Suivez-la d'un pieux adieu , Orplielins , veuves déplorables , Vous tous , faibles et misérables , Images augustes de Dieu !

O Dieu ! ne reprends pas ceux que ta flamme anime. Si la vertu s'en va, que deviendra le crime?

Oii pourront du méchant se reposer les yeux ? N'enlève pas au monde un espoir salutaire.

Laisse des justes sur la terre!

>*'as-tu donc pas, Seigneur, assez d'anges aux deux?

Décembre 1823.

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