MORT DE MADEMOISELLE DE SOMBREUIL
On dit qu'en dépouillant la vie ,
Elle parut la regretter,
Et jeta des regards d'envie
Sur les fers qu'elle allait quitter.
« — O mon Dieu ! retardez mon heure.
» Loin de la vallée où Ton pleure,*
» Suis-je digne dem'envoler?
» Ce n'est pas la mort que j'implore ,
» Seigneur ; je puis souffrir encore ,
» Et je veux encor consoler.
» Je pars : ayez pttié de ceux que j'abandonne; » Quel amour leur rendra l'amour que je leur donne? » Pourquoi du saint bonheur si tôt me couronner? » Laissez mon âme encor sur leurs maux se répandre ; » Je n'aurai plus au ciel d'opprimés à défendre , » Ni d'oppresseurs à pardonner ! »
Il faut donc que le juste meure ! — En vain , dans ses regrets nommés , Ont passé devant sa demeure Tous ses pauvres accoutumés. Maintenant , ô fils des chaumières , Payez son aumône en prières ; Suivez-la d'un pieux adieu , Orplielins , veuves déplorables , Vous tous , faibles et misérables , Images augustes de Dieu !
O Dieu ! ne reprends pas ceux que ta flamme anime. Si la vertu s'en va, que deviendra le crime?
Oii pourront du méchant se reposer les yeux ? N'enlève pas au monde un espoir salutaire.
Laisse des justes sur la terre!
>*'as-tu donc pas, Seigneur, assez d'anges aux deux?
Décembre 1823.