LE DERNIER CHANT
O Muse, qui daignas me soutenir dans une carrière
aussi longue que périlleuse, retourne maintenant aux célestes
demeures !... Adieu, consolatrice de mes jours,
toi qui partageas mes plaisirs,
et bien plus souvent mes douleurs !
Ciiateaubrïand. Le» Martyrs,
Et toi , dépose aussi la lyre !
Qu'importe le dieu qui t'inspire , A ces mortels vains et grossiers ?
On en rit quand ta main l'encense.
Brise donc ce luth sans puissance!
Descends de ce char sans coursiers !
— Oh! qu'il est saint et pur le transport du poefe,
Quand il voit en espoir, bravant la mort muette ,
Du voyage des temps sa gloire revenir!
Sur les âges futurs, de sa hauteur sublime -
11 se penche, écoutant son lointain souvenir;
Et son nom, commme un poids jeté dans un abîme,
Éveille mille échos au fond de l'avenir.
Je n'ai point cette auguste joie.
Les siècles ne sont point ma proie :
La gloire ne dit pas mon rang.
Ma Muse , en l'orage qui gronde , Est tombée au courant du monde , Comme un lis aux flots d'un torrent.