‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 41 sur 142 · LES FUNÉRAILLES DE LOUIS XVIII · texte numérisé non relu

LES FUNÉRAILLES DE LOUIS XVIII

» Je veux, aux rois que je remplace, » Succéder jusque dans la mort.

» Ma dépouille ici doit descendre !

» C'est pour faire place à ma cendre » Qu'on dépeupla ces noirs caveaux.

» 11 faut un nouveau maître au monde ; » A ce sépulcre, que je fonde , » Il faut des ossements nouveaux.

» Je promets ma poussière à ces voûtes funestes. » A cet insigne honneur ce temple a senl des droits ; » Car je veux que le ver qui rongera mes restes

» Ait déjà dévoré des rois.

» Et lorsque mes neveux, dans leur fortune altière ,

» Domineront l'Europe entière ,

» DiUvremlin à l'Escurial, » Ils viendront tour à tour dormir dan^ces lieux sombres, » Afin que je sommeille, escorté de leurs ombres,

» Dans mon linceul impérial ! »

Celui qui disait ces paroles Croyait ,' soldat audacieux , Voir, en magnifiques symboles , Sa destinée écrite aux deux.

Dans ses étreintes foudroyantes , Son aigle , aux serres flamboyantes , Eût étouffé l'aigle romain ; La Victoire était sa compagne; Et le Globe de Charlemagne Était trop léger pour sa main.

Eh bien ! des potentats ce formidable jnaitre Dans l'espoir de sa mort par le ciel fut trompé. De ses ambitions c'est la seule peut-être

Dont le but lui soit échappé.

En vain tout secondait sa marche meurtrière ;

En vain sa gloire incendiaire ,

En tous lieux portait son flambeau ; Tout chargé de faisceaux, de sceptres, de couronnes

ODE TROISIEME. 'Jâ

Ce vaste ravisseur d'empires et de trônes Ne put usurper un tombeau !

. Tombé sous la main qui châtie , L'Europe le fit prisonnier.

Premier roi de sa dynastie , Il en fut aussi le dernier. Une lie où grondent les tempêtes Reçut ce géant des conquêtes , Tyran que nul n'osait juger, Vieux guerrier qui, dans sa misère, Dut l'obole de Bélisaire A la pitié de l'étranger.

Loin du sacre tombeau qu'il s'arrangeait naguère, C'est là que, dépouillé du royal appareil , 11 dort enveloppé de son manteau de guerre ,

Sans compagnon de son sommeil.

Et tandis qu'il n'a plus de l^mpire du monde

Qu'un noir rocher battu de l'onde ,

Qu'un vieux saule battu du vent, Un Roi long-temps banni , qui lit nos jours prospères , Descend au lit de mort où reposaient ses pères ,

Sous la garde du Dieu vivant.

C'est qu'au gré de l'humble qui prie , Le Seigneur, qui donne et reprend, Rend à l'Exilé sa patrie , Livre à l'exil le Conquérant !

Dieu voulait qu'il mourût en France , Ce Roi , si grand dans la souffrance , Qui des douleurs portait le sceau ; Pour que , victime consolée , Du seuil noir de son mausolée , 11 pût voir encor son berceau.

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